17 avril 1971 : il y a 40 ans, les Bleues jouaient leur premier match officiel

Il y a quarante ans, Françaises et Néerlandaises s’affrontaient à Hazebrouck, dans le Nord de la France, pour ce qui est considéré comme le premier match féminin officiel. Plusieurs joueuses de cette historique rencontre se souviennent avec nostalgie de cette « belle époque ».



Les Françaises devant l'avion qui les emmena au Mexique à l'été 1971
« Cette époque, c’était un rêve. Le paradis. » Marie-Louise Butzig, 66 ans, profite aujourd’hui de sa retraite à Vrigne-aux-Bois, dans les Ardennes, pas très loin de la frontière belge. Là où elle a grandi, là où elle a découvert le football. Il y a quarante ans, Marie-Louise était gardienne de but de l’équipe de France de foot. Une des pionnières à avoir participé au premier match officiel des Tricolores, le 17 avril 1971, à Hazebrouck, face aux Pays-Bas. A ses côtés, Régine Pourveux, Marie-Bernadette Thomas, Nicole Mangas, Colette Guyard, Betty Goret, Marie-Christine Tschopp, Jocelyne Ratignier, Michèle Monier, Jocelyne Henry, Claudine Dié, Maryse Lesieur, Nadine Juillard, Marie-Claude Harant, Ghislaine Royer. Un peu plus d’un an avant, le Conseil fédéral du 29 mars 1970 avait officiellement reconnu le football féminin.

L’apparition de clubs féminins un peu partout en France notamment en Alsace (Schwindratzheim fut l’un des premiers clubs dès le milieu des années 60), avait contraint les dirigeants à accepter l’idée de voir des filles taper dans un ballon de foot (à la fin de la saison 1970- 1971, la France compte 2170 femmes sur 758 559 licenciés). Même si ce n’était pas forcément du goût de tout le monde. « A l’époque, on entendait beaucoup de remarques désagréables, se souvient Marie-Louise Butzig. A mon travail, certains disaient que je ferais mieux d’aller repriser les chaussettes plutôt que d’aller jouer au foot.. »

Les Françaises fêtent leur victoire face aux Pays-Bas (photo archive La Voix du Nord)
Remplaçante lors de cette première rencontre officielle (une équipe de France avait participé à plusieurs matches, notamment contre l’Italie en 1969 et 1970 et l'Angleterre en 1969), Ghislaine Royer-Souef, dite Gigi, a elle aussi le regard qui s’éclaire et le débit qui s’accélère à la simple évocation de cette époque. « Que de bons souvenirs ! C’est toute ma jeunesse, une période d’insouciance. A cette époque, c’était compliqué de jouer au foot quand on était une fille. On entendait plein de quolibets. Alors on faisait preuve d’intelligence en laissant dire. Nous assouvissions notre passion et c’était bien le plus important. »

En ce mois d’avril 1971 où les attendent les Néerlandaises, comme toujours, les filles se rendent en bus dans le Nord de la France. Aujourd’hui postière dans la Marne, Colette Guyard se souvient. « J’avais à peine dix-huit ans. L’ambiance dans le car était toujours très conviviale. On chantait des chansons un peu paillardes, on jouait à la belote, on se racontait des histoires et au retour, le bus s’arrêtait dans la ferme de mes parents et toutes les filles descendaient pour manger. C’était la fête. » De ce match face aux Pays-Bas disputé dans le froid et devant 1500 spectateurs, elle se souvient de la large victoire de la France (4-0), en maillot blanc, et du triplé de Jocelyne Ratignier, joueuse de Flacé-Macon (quatrième but en fin de match de Marie-Claire Harant). « Nous n’étions pas très physiques et nos petits gabarits étaient souvent un handicap. Heureusement nous compensions avec la technique. Ce match était également une préparation pour aller jouer la Coupe du monde au Mexique (compétition organisée par la Fédération Internationale du Football Féminin (FIEFF), basée à Turin, dissidente de la FIFA).

Sur le banc de l’équipe de France de cette époque Pierre Geoffroy, décédé depuis, a marqué l’histoire du foot féminin français. Ou plutôt « Monsieur » Geoffroy comme l’appellent encore toutes les joueuses. Journaliste au quotidien L’Union, Pierre Geoffroy, épaulé dans les taches administratives par Louis Petitot, fut le moteur de la renaissance du football féminin en France. Par une petite annonce, il recruta suffisamment de filles pour monter une équipe sous les couleurs du Stade de Reims. Le football féminin pouvait alors entamer son développement. « Il mériterait une statue, lâche sans hésiter Marie-Louise Butzig. C’est lui qui a fait revivre le foot féminin en France. C’était un très très grand monsieur et j’en garderai un souvenir éternel. »

Avec le Stade de Reims qui formait alors l’essentiel de l’équipe de France, il portera le foot féminin à travers le monde. « Toutes nos vacances étaient consacrées au foot, rappelle Ghislaine Royer-Souef. Ce sport nous a offert une incroyable ouverture sur le monde. En 1971, nous avons joué au stade Aztèque de Mexico devant 60000 personnes. Nous sommes aussi parties en tournée à Taiwan (1978), aux Etats-Unis et au Canada (1970), aux Antilles (1974) et même en Indonésie (1984). D’ailleurs, les Américaines ont découvert le foot grâce à nous, quand nous avons effectué une tournée là-bas avec le Stade de Reims et l’AS Roma. » Pas toujours évident pourtant à cette époque de consacrer beaucoup de temps au football, pratique loin, très loin même, d’être entrer dans les mœurs pour les femmes.
L'équipe de France en 1971

Quarante ans plus tard, même s’il reste beaucoup à faire, la situation des filles s’est arrangée. L’équipe de France est devenue une nation de haut niveau. Petit à petit, le combat de nombreuses femmes, mais aussi d’hommes, a conduit les Bleues vers des sphères bien plus élevées. Qualifiées pour la première fois pour un Championnat d’Europe, en 2001, en Allemagne, les Françaises se sont depuis invitées aux Euro 2005 et 2009. Le 16 novembre 2002, au stade Geoffroy-Guichard de Saint-Etienne, devant 23 680 spectateurs enthousiastes et souvent les yeux embués, elles s’offraient leur billet pour leur première Coupe du monde, en 2003, aux Etats-Unis. L’été prochain, elles disputeront leur second Mondial en Allemagne. Les clubs aussi ont grandi. A l’image du Stade de Reims dans les années 70, l’Olympique Lyonnais, sous l’impulsion de son président Jean-Michel Aulas, est devenu le club phare du foot féminin hexagonal.

Les « pionnières », elles, sont restées passionnées et continuent de vibrer pour le ballon. « A chaque fois qu’un match féminin est diffusé, je regarde, confie Marie-Louise Butzig. Cela a bien progressé. Les filles peuvent maintenant s’entraîner davantage et commencent heureusement à toucher un peu d’argent. Il faudrait maintenant qu’elles soient un peu plus mises en avant par les médias avec plus de reconnaissance. Le foot féminin est un peu plus esthétique. Et puis les filles font moins de cinéma. Quand elles sont par terre, c’est qu’elles sont vraiment blessées. »
Parfois présente dans les tribunes du stade Auguste-Delaune à Reims pour y voir l’équipe masculine de Ligue 2, Ghislaine Royer-Souef n’a pas non plus perdu la fibre. « J’ai toujours aimé le sport et je continue bien sûr à regarder l’actualité du foot. Avec les filles de cette époque, on continue de correspondre. On se revoit parfois et on repart vite dans les ‘’ tu te souviens de ce match…’’ Nous n’avons pas vraiment été des pionnières. Nous avons simplement été les fondations. Et les étages se sont ensuite construits les uns après les autres. »

Sébastien Duret
Avec la collaboration de Pascal Grégoire-Boutreau

Samedi 17 avril 1971 - 20h30
FRANCE - PAYS-BAS : 4-0 (2-0)
Hazebrouck (Stade municipal)
Temps froid - Terrain bon
Spectateurs : 1 500
Buts : Jocelyne RATIGNIER 7', 16', 51', Marie-Claire HARANT 60'

FRANCE : Marie-Louise Butzig (Vrigne aux Bois) ; Régine Pourveux (Stade de Reims), Marie-Bernadette Thomas (Stade de Reims), Nicole Mangas (Stade de Reims), Colette Guyard (Sézanne), Betty Goret (Saint-Quentin), Marie-Christine Tschopp (Lyon), Jocelyne Ratignier (Flacé Mâcon), Michèle Monier (Stade de Reims), Jocelyne Henry (Stade de Reims), Claudine Dié (Stade de Reims). Entr.: Pierre Geoffroy
Entrées en jeu : Ghislaine Royer (Stade de Reims), Maryse Lesieur (Stade de Reims), Chantal Serre (Stade de Reims), Nadine Juillard (Stade de Reims), Marie-Claire Harant (Stade de Reims)
*Selon les archives retrouvées, les sources divergent sur le onze de départ tricolore


Dimanche 17 Avril 2011
Sébastien Duret