Les Saoudiennes veulent s'imposer sur le terrain

En l'espace de quelques mois, ce qui n'était au départ qu'une rencontre entre filles s'est transformé en un club structuré et ambitieux. Désormais, le Kings United dispose de trois équipes et attend d'être reconnu par les autorités sportives locales.



Quand Rim Abdallah, 29 ans, s'est rendue, l'année dernière, dans un café pour femmes à Djeddah afin de regarder un match de la Ligue des champions européenne, elle ne se doutait pas des conséquences que cela allait avoir. L'ambiance aidant, elle a sympathisé avec les autres téléspectatrices. Elles ont fait des paris, partagé leur passion et finalement cédé à l'envie de se lancer dans l'aventure footballistique. Ainsi, vingt-cinq jeunes femmes ont pris rendez-vous pour improviser un match. De là est née l'idée folle de créer le premier club de foot féminin de Djeddah et probablement de toute l'Arabie. Il s'appelle Kings United, ou Ittihad Al-Muluk [Union des rois], et a pour emblème une couronne et pour couleurs le noir et l'orange.

Pour commencer, il fallait trouver un stade. Ce n'était pas la moindre des difficultés, puisqu'il fallait pouvoir s'entraîner à l'abri des regards des hommes. Aujourd'hui, dans une totale discrétion, elles s'entraînent chaque semaine. En moins d'une année d'existence, le club dispose de trois équipes de quinze joueuses et continue d'attirer de nouveaux membres, certaines sont mariées mais la plupart sont célibataires. Les matchs sont suivis par une foule de spectatrices – femmes et enfants seulement – qui peuvent y assister gratuitement. Rim explique qu'avant l'adhésion il faut obtenir l'accord du tuteur mâle. Ensuite, il faut participer aux frais de matériel et de location du stade, qui s'élèvent à 10 000 riyals par mois [2 000 euros]. Cela dit, depuis peu, elles bénéficient d'un partenariat avec une entreprise privée qui prend en charge une partie des dépenses.

Rim dément toute violation des règles et traditions en vigueur dans la société très conservatrice d'Arabie Saoudite. "Le fait que la plupart des gens n'étaient pas au courant de notre initiative nous a probablement évité beaucoup de problèmes. Cela dit, tant qu'il n'y a que des femmes, il n'y a rien à redire", explique-t-elle. Jusqu'à présent, elles n'ont pas obtenu de licence de la Direction de la jeunesse, présidée par le prince Sultan bin Fahd. "Nous faisons appel à lui pour qu'il donne sa chance au sport féminin et crée des lieux spécifiques pour le foot, le basket, etc. Nous espérons que le sport féminin recevra des encouragements, en conformité avec nos traditions et notre authenticité musulmanes, puisque cela est bénéfique pour l'esprit et le corps."

Pour l'instant, les matchs opposent essentiellement les trois équipes du club entre elles. Mais elles ont déjà joué contre l'équipe de l'Ecole américaine, composée de différentes nationalités non saoudiennes. Récemment, elles ont rencontré une équipe de Riyad et une autre de la province de l'Est. Rim espère également bientôt accueillir celle du Bahreïn, qui est la seule sélection nationale féminine des pays du Golfe. La passion du foot lui est venue quand elle avait 6 ans, en regardant la télévision, puis des cassettes vidéo et des sites Internet. L'absence de toute formation spécifique au métier d'entraîneur lui permet d'encadrer les joueuses et d'avoir des ambitions pour elles. Elle espère bientôt troquer le stade actuel, trop petit, pour un autre aux normes internationales. Et, plus tard, "quand l'occasion se présentera et qu'une sélection nationale saoudienne de foot féminin existera, nous en serons le noyau dur. Nous sommes impatientes de représenter dignement notre pays."

Hamad Al-Ochaiwan | Al-Watan

Mercredi 6 Mai 2009
Sébastien Duret