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Qualifications - Le DANEMARK risque l'exclusion de la Coupe du monde ?

A deux jours du match qualificatif pour la Coupe du monde 2019 contre la Suède, la fédération danoise a annoncé à sa voisine qu'elle ne participera pas au match, s'exposant ainsi à des sanctions pouvant aller jusqu'à l'exclusion des éliminatoires et donc la fin des espoirs de Mondial 2019 pour Pernille Harder et ses coéquipières.



Les Danoises restent solidaires dans le bras de fer avec leur fédération (photo DBU)
Les Danoises restent solidaires dans le bras de fer avec leur fédération (photo DBU)
Difficile de ne pas penser à Marcellus (Hamlet) en voyant la situation au Danemark. Malgré des discussions ayant débuté à l'automne dernier pour trouver un nouvel accord entre les joueuses de la sélection et la fédération (DBU) pour prendre la suite de celui qui prenait fin le 1er septembre, c'est le flou total autour de la sélection vice-championne d'Europe pour laquelle la fédération a pourtant annoncé de grandes ambitions.

Il y a un peu plus de deux mois, le Danemark s'inclinait en finale de l'Euro après un parcours historique. La Fédération (DBU) fixait alors des objectifs élevés pour les années à venir, à commencer par une place dans le dernier carré de la prochaine Coupe du monde assortie d'une qualification pour les Jeux Olympiques de Tokyo. Mais cela, c'était il y a deux mois... depuis, la sélection nationale appuyée par l'association des joueurs/ses est en conflit ouvert avec sa fédération par rapport à la signature de l'accord devant prendre la suite de celui qui a pris fin le 1er septembre (et prolongé jusqu'au 5). La première conséquence fut l'annulation d'un match amical, remake de la finale de l'Euro face aux Pays-Bas, alors qu'il devait se jouer à guichets fermés début septembre. Tandis que son homologue norvégienne vient d'entrer dans l'histoire en étant mise sur un pied d'égalité avec la sélection masculine -devenant ainsi le premier pays à faire cela-, l'équipe danoise se bat pour obtenir de meilleures conditions de travail quand les joueuses représentent leur équipe nationale, joignant ainsi une liste toujours plus importante de sélections allant au bras de fer avec leur fédération ces dernières années. Un bras de fer qui pourrait emmener l'équipe vice-championne d'Europe à manquer la prochaine Coupe du monde...

Chronologie du conflit

L'accord précédent prenait fin le 1er septembre, et avait été prolongé jusqu'au 5 faute de terrain d'entente entre les joueuses et la fédération, alors que les négociations avaient débuté à l'automne dernier. La fédération avait proposé de simplement garder le principe de l'accord précédent de façon temporaire, mais les joueuses avaient refusé en déclarant qu'elles ne voulaient pas que cela traîne en longueur (cela aurait compris les matchs qualificatifs pour le Mondial) et qu'elles voulaient un accord permanent. La DBU avaient refusé la nouvelle proposition des joueuses avant le match qualificatif contre la Hongrie le 19 septembre, mettant fin aux négociations avant le match et déclarant que les joueuses n'avaient qu'à accepter un accord temporaire jusqu'à la fin du mois pour disputer la rencontre. Un accord partiel avait été trouvé.

Un mois plus tard, à la mi-octobre, on apprenait que les négociations avaient de nouveau échoué, les deux parties déclarant que l'autre avait quitté la table des négociations, à quelques jours des deux matchs qualificatifs pour le Mondial 2019 contre la Suède et la Croatie. Le principal point de désaccord (voir ci-dessous) aurait été réglé, mais c'est le côté financier qui était revenu sur le devant de la scène. L'écart actuellement entre les propositions des deux parties s'élèverait à 64 000 euros annuels environ, un accord pourrait donc être proche malgré l'état actuel des négociations. En attendant, la DBU a préféré annoncer à son homologue suédoise l'annulation de la rencontre de vendredi... (communiqué de la fédération) s'exposant ainsi des sanctions pouvant aller de la simple amende à une exclusion pure et simple de la compétition.

Les points de désaccord

La question qui fâche : « employeur ou non ? »
C'est le point qui a fait échouer les négociations à plusieurs reprises avant de trouver une issue ces derniers jours. D'un côté, les joueuses qui voulaient que la fédération soit considérée comme leur employeur quand elles sont en sélection, demandant ainsi un accord collectif, et de l'autre côté, la DBU qui considère que seuls les clubs ont, et peuvent avoir ce statut, considérant donc les joueuses comme leur propre entreprise quand défendant les couleurs nationales. Un point de discorde qui a mené la fédération à « mentionner » de possibles poursuites contre les joueuses en invoquant la « konkurrenceloven », loi sur la compétitivité que la volonté d'accord collectif de la part des joueuses auraient enfreint.

Les exigences financières

Sans rentrer dans les détails des chiffres des primes de match ou de salaire mensuel parus dans les médias, la question financière était naturellement centrale dans les négociations. Les joueuses ont demandé une nette augmentation de leur rémunération par la fédération pour différentes raisons expliquées par la capitaine Pernille Harder dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux mi-septembre et retranscrite ci-dessous : en résumé, pouvoir vivre de leur métier/passion, et disposer de meilleures conditions de travail pour devenir les meilleures joueuses possible.
Les joueuses ont vu leurs exigences à la baisse, la fédération a proposé de multiplier par deux environ (augmentation de près de 300 000 euros annuels) le budget global de la sélection -qui serait ainsi d'environ 618 000 euros. Il n'y a cependant toujours pas d'accord trouvé, à quelques jours du deuxième match qualificatif (contre la Croatie) de cette trêve internationale.

Pourquoi les joueuses ont choisi le bras de fer

Voici la retranscription d'une vidéo postée mi-septembre sur les réseaux sociaux par la capitaine de l'équipe Pernille Harder expliquant le point de vue des joueuses :
« Bien sûr que je suis triste d'avoir à faire cette vidéo, que les choses soient allées si loin, et peut-être vous demandez-vous pourquoi nous avons débuté cette bataille. Nous le faisons pour les anciennes joueuses qui ont initié cette bataille, nous le faison pour nous, et surtout, nous le faisons pour les jeunes joueuses qui sont l'avenir de la sélection. Et quelle est cette bataille ? Qu'exigeons-nous de la fédération ? Nous demandons à avoir les conditions pour devenir de meilleures footballeuses. Ce n'est pas pour devenir riches, il ne s'agit pas de gagner beaucoup d'argent. C'est à propos de devoir travailler à temps plein ou partiel, ou de devoir étudier. Si nous n'avions pas à penser à cela et que nous pouvions nous concentrer sur le football à 100%, jusqu'où pourrait nous mener le potentiel que nous avons montré pendant l'Euro ? Nous voulons de bonnes conditions quand nous sommes avec l'équipe nationale. J'aimerais que ma fédération fasse honneur aux standards de la société danoise. Malheureusement, ce n'est pas ce que j'ai pu voir jusqu'alors lors des négociations, mais j'espère que cela va arriver. Il est toujours possible que cela change. Certaines personnes à la DBU ont montré des ambitions. Jesper Moller a annoncé des ambitions élevées que nous, joueuses de la sélection nationale, partageons. Mais, encore une fois, ce que j'ai pu voir pendant les négociations ne sont pas en accord avec ces ambitions. Je veux simplement dire que nous sommes prêtes à tout donner sur le terrain. Nous sommes prêtes à tout donner pour répondre à ces ambitions. La question est : êtes-vous prêts à la DBU ? J'espère que oui :) »

Quelles répercussions ?

Certains médias ont fait part d'une somme d'environ 54 000 euros comme différence entre les propositions des deux parties. Un accord pourrait ne plus être très loin, même si les dégâts causés pourraient avoir de lourdes répercussions. Non seulement pour le match qualificatif face à la Suède annulé et des sanctions qui pourraient suivre, mais également pour la relation entre les joueuses et la DBU. Depuis les menaces voilées de poursuites jusqu'aux déclarations de ces derniers jours, la fédération ayant décidé présenter la sélection comme le vilain petit canard de l'histoire, il est difficile d'imaginer les relations entre la sélection et la fédération être au beau fixe.

Il semble acquis que les joueuses danoises n'obtiendront pas un traitement similaire à celui de leurs homologues norvégiennes, les premières à être mises sur un pied d'égalité par rapport à la sélection masculine comme ce fut annoncé le mois dernier, mais on ne peut qu'espérer qu'un accord sera rapidement trouvé et que le Danemark pourra défendre ses chances pour une qualification pour la Coupe du monde dès le 24 en Croatie.

NB : Dans ce conflit avec la fédération, la sélection de Pernille Harder a reçu le soutien de son homologue masculine qui a proposé de lui reverser son bonus annuel (environ 67 000 euros) et qui a demandé à la fédération que les joueuses aient les mêmes conditions de travail et les mêmes droits quand elles sont en sélection. A noter également que l'équipe masculine devra négocier son accord l'année prochaine et que cela joue peut-être dans les négociations actuelles...

Vendredi 20 Octobre 2017
Charlotte Vincelot

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