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Football au féminin - Une reconnaissance tardive, des conséquences aujourd'hui

En cette Journée Internationale des Droits de la Femme ce 8 mars, l'occasion est donnée de rappeler le long chemin de croix que les footballeuses ont dû accomplir pour exister puis être reconnues. Ce retard n'est pas sans conséquence aujourd'hui encore.



A l'heure où la pandémie remet tout en questions, le football n'échappe pas à la règle. La longue reconnaissance du football pour les femmes a été un frein à son développement et son expansion ralentissant les investissements et sa professionnalisation.

C'est avant tout un problème sociétal qui est la cause de ce retard. A l'instar des Jeux Olympiques réservés aux hommes pendant plusieurs olympiades, la place de la femme dans le sport a été interdite ou tout du moins très souvent moquée par ces messieurs ou alors autorisée à titre de loisir parfois seulement pour certains sports souvent individuels.

Les tentatives de pratiques féminines durant les années 10 puis 20 étaient rares mais encourageantes grâce à la volonté de femmes d'accéder au sport. Quelques associations se sont créées comme Fémina Sport avant la fondation de la Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France permettant d'organiser des championnats et rencontres internationales.


Des opposants à toutes périodes

Des militantes à l'image d'Alice Milliat ont combattu les stéréotypes, qui voulaient que le sport ne soit pas fait pour le corps féminin, en prenant les choses en main pour défendre la légitimité d'un sport mixte. Un combat long et difficile, sans soutiens financiers et face à de farouches opposants masculins.

L'arrivée de la Seconde Guerre Mondiale va entraîner un arrêt brutal des pratiques sportives féminines, et une interdiction formelle à l'image des décisions prises en France sous le régime de Vichy.

Pour renaître de ses cendres, le football va devoir se montrer patient. Ce n'est qu'au cours des années 60 que les femmes commencent à entrevoir la possibilité de fouler les terrains, balle au pied. On retrouve à plusieurs endroits à travers la France quelques échos de ces "suffragettes" qui veulent aussi avoir le droit de pratiquer le football.

Mais les obstacles sont nombreux et le premier d'entre eux partout dans le Monde vient des fédérations qui ne voient pas d'un bon oeil l'émergence de la pratique féminine. Le phénomène se retrouve partout et ce sont des fédérations féminines qui commencent à voir le jour pour que ces femmes puissent continuer à se pratiquer et développer leurs structures. Cependant certains hommes y voient une opportunité surtout lucrative à l'image des premières Coupes du Monde officieuses en 1970 ou encore 1971.

L'économie comme un frein pour les décideurs

Ces événements internationaux amènent les Fédérations à ouvrir la place aux footballeuses. Une première étape dans une reconnaissance encore longue car tous n'affichent pas les mêmes ambitions. La volonté est avant tout d'encadrer le développement du football au féminin en assurant sa gestion mais pas nécessairement de lui donner des moyens de se développer. Le premier championnat de France organisé en 74-75 se résume à trois journées en première phase puis trois tours à élimination directe. Une formule qui sera densifiée par la suite mais avec des moyens longtemps limités.

Le football féminin doit faire face à une vision toujours très machiste de ses dirigeants. Des argumentaires de supposées contre-indications médicales, de physiques non adaptés pour ce sport mais aussi d'autres renvoyant les femmes au foyer ont fait que la réticence était de mise pour dévaloriser le football au féminin.

Il faut attendre le début des années 80 pour que l'UEFA crée un premier championnat d'Europe pressé par certaines fédérations nationales, et dix ans de plus pour que la FIFA lance une première Coupe du Monde. Les Jeux Olympiques s'ouvrent au football en 1996, grâce au fort développement du soccer outre-Atlantique. La Ligue des Champions est apparue seulement en 2001, tout comme la Coupe de France (ex-Challenge de France). Derrière cela, les intérêts économiques ont toujours existé et existent encore pour les décideurs.

Les footballeuses subissent aujourd'hui le retard de leur reconnaissance

Si en France, la Division 1 féminine tend à se professionnaliser, le championnat n'en a pas encore pleinement la structuration, ni le statut. Les joueuses qui ont la possibilité de signer des contrats fédéraux depuis un peu plus de dix ans ne disposent pas de la même couverture qu'un joueur professionnel masculin. Sans chercher de comparaison salariale avec les hommes, le développement professionnel féminin est encore tout récent. Ce retard n'est pas sans conséquence dans le contexte actuel, où des choix économiques sont en train de se faire. A traitement non égalitaires des pratiques masculines et féminines, les décisions s'en retrouvent disparates.

Lorsque la Coupe de France masculine a pu reprendre pour les équipes masculines au 6e tour avec des équipes départementales, régionales et nationales, son homologue féminine pourrait ne pas connaître le même destin. Les championnats masculins professionnels de L1 et L2 se poursuivent ainsi que l'anti-chambre qu'est le National. Chez les femmes, la Division 1 Arkema a pu disposer d'une autorisation tandis que la Division 2 doit suivre les volte-face ministérielles alors son statut amateur n'est que le fait d'une prise de conscience tardive des différents décideurs pour la développer depuis plusieurs années.

Le sport féminin n'est pas un loisir, le sport se pratique pour le dépassement de soi, la volonté de battre des records... Ce que les joueuses font au quotidien depuis des décennies, devant en plus du combat sur le terrain, vaincre les préjugés, les barrières sociétales et le manque d'investisseurs, n'est que le terrible constat d'années de retard prises contre leurs volontés.

Les choses ont évolué mais le chemin est encore long pour que le droit des femmes à pratiquer le sport professionnellement soit mieux reconnu. En cette période de pandémie, l'exemple est criant des disparités nées de ces années de combat pour exister. La médiatisation est aussi à l'image de ce retard. Le football comme tous les sports est mixte, à condition de donner la place qu'il mérite. Sur les dix dernières années, son évolution semble s'être accélérée mais il faudrait éviter qu'il ne soit ralenti car homme ou femme, tous doivent avoir les mêmes droits, à égalité...

Lundi 8 Mars 2021
Sebastien Duret

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