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Bleues - Le bilan des trois premiers rassemblements

Nommée sélectionneure de l'équipe de France après l'élimination précoce à l'Euro, Corinne Diacre a débuté sa nouvelle carrière en n'hésitant pas à apporter de nombreux changements et à réaliser de nombreux essais, plus ou moins réussis. Ayant pris note des performances lors des six matches disputés, elle a annoncé désormais que le groupe serait moins large, même si de nouvelles têtes vont continuer à rejoindre le groupe. Retour sur les trois premiers rassemblements de l'ère Diacre, avant de basculer vers 2018 et de nombreuses étapes sur la route de la Coupe du monde.



photo FFF
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Dès son arrivée, Corinne Diacre a été claire sur plusieurs points : sa volonté de procéder à une large revue d'effectif, construire un groupe cohérent, impliquant qu'il ne serait pas constitué uniquement des meilleures joueuses, ou encore sa volonté largement discutée de voir le brassard changer de bras, passant ainsi de celui de Wendie Renard à celui d'Amandine Henry assistée par Eugénie Le Sommer et Laura Georges.

Revue d'effectif et nouveauté
En trois rassemblements, Corinne Diacre a fait appel à 32 joueuses, parmi lesquelles 13 ne comptaient aucune sélection avec les A, sans oublier Valérie Gauvin, dix minutes à son actif lors d'une sélection fin 2015, ou Karima Benameur, dont la dernière sélection remontait à 2011. La nouvelle sélectionneure française n'a donc pas hésité à appeler de nombreux nouveaux visages pour faire des essais. Pour cela, elle ne s'est pas cantonnée au top 4 national, et ce sont huit clubs de l'Hexagone qui ont vu une ou plusieurs de leurs joueuses être appelées (plus le FC Barcelone et les Portland Thorns). Certaines ont su saisir leur chance. Pour d'autres, il faudra progresser.

Du fait de sa large revue d'effectif, de nombreuses joueuses ont eu leur chance, qu'elles soient néophytes ou de retour dans le groupe. Parmi elles, la gardienne Karima Benameur, solide face à la Suède, Marion Torrent sur le côté droit de la défense, Aminata Diallo voire Inès Jaurena au milieu du terrain, Viviane Asseyi et Faustine Robert sur les ailes, Ouleye Sarr en attaque. Certaines, moins convaincantes, reviendront probablement plus tard, mais ce sont ces sept joueuses qui ont le plus marqué de points certainement, alors que l'absence au poste de milieu offensif axial pourrait permettre à Léa Le Garrec de continuer l'aventure, à moins que Corinne Diacre ne rappelle Gaëtane Thiney, toujours aussi solide en club.

Poste par poste

Dans les buts, cinq gardiennes ont été appelées, trois ont joué. C'est Méline Gérard qui a disputé le plus de rencontres (3), devant Sarah Bouhaddi (2) et Karima Benameur (1). C'est la première fois depuis plusieurs années qu'un tel roulement est mis en place dans les buts, et le dernier rassemblement a peut-être quelque peu brouillé les pistes. Reste à savoir si Bouhaddi, numéro 1 sans partage depuis plusieurs années, est mise en concurrence ou s'il s'agit de déterminer les numéros 2 et 3. Les prestations de Gérard et Benameur peuvent laisser penser que la hiérarchie peut être bousculée à l'avenir, même si un match n'est pas suffisant pour tirer des conclusions définitives.

En défense, sur le côté droit, Marion Torrent est la nouvelle qui s'est imposée. Deuxième temps de jeu sur les trois rassemblements derrière Eugénie Le Sommer, elle prend ses marques, sa combativité bien présente. Charlotte Lorgeré ou Griedge Mbock n'ont pas fait forte impression, Ève Périsset n'a pas joué, Jessica Houara d'Hommeaux est blessée. Sur le côté gauche, quatre joueuses avaient disputé les quatre premiers matches, puis Amel Majri et Sakina Karchaoui un deuxième. C'est la plus jeune des deux qui a le plus convaincu, et il n'est pas certain que l'on reverra Majri en défense après une prestation très insuffisante face à l'Allemagne.

En défense centrale, le trio qui s'est partagé la part du lion (Wendie Renard 360 minutes, Griedge Mbock 315, Laura Georges 310) est sans surprise. Cette dernière a probablement perdu sa place potentielle de titulaire face à l'Allemagne, le duo lyonnais se montrant solide. Derrière, seule Hawa Cissoko a été appelée, pour 95 minutes de jeu et un match complet face à l'Angleterre. Sa situation en club n'incite pas à l'optimisme, et la question est de savoir qui sera la quatrième défenseure centrale. La Montpelliéraine Laura Agard ? La Parisienne Aissatou Tounkara à son retour de blessure ?

Au milieu du terrain, aux côtés de la vice-capitaine Amandine Henry (329 minutes), ce sont les Parisiennes Grace Geyoro (277) et Aminata Diallo (232), appelées pour les deux derniers rassemblements, qui ont été les plus utilisées. Débutante, cette dernière a certainement gagné sa place dans le groupe pour les prochains rassemblements. Elise Bussaglia, la joueuse la plus expérimentée avec Laura Georges, n'a été titulaire qu'à deux reprises (177 minutes). Utilisées au poste de milieu offensif axial, Camille Catala (180 minutes) n'a pas convaincu lors du premier rassemblement, la débutante Léa Le Garrec (141 minutes) s'est montrée un peu tendre et a participé à la déroute face à l'Allemagne, et Inès Jaurena n'a pas été inintéressante lors de ses 128 minutes passées sur le terrain, alternant avec Diallo sur le terrain contre la Suède. Titulaire lors de la première rencontre du premier rassemblement, Sandie Toletti n'a ensuite plus été appelée. Eugénie Le Sommer a joué la dernière demi-heure à ce poste face à la Suède, mais celui-ci a clairement fait défaut au jeu de l'équipe de France et reste à prendre.

Sur l'aile droite, c'est Kadidiatou Diani qui a été la plus utilisée (326 minutes), devant Viviane Asseyi (176), la meilleure buteuse de cette fin d'année 2017, et Nadjima Ali Nadjim (45), qui a connu des débuts en équipe de France très compliqués. Si Diani et Asseyi ont toutes les deux montré assez pour continuer l'aventure, ce poste n'est pas fermé, et la jeune Delphine Cascarino, de retour après une grosse blessure, a pris date pour l'avenir. Sur l'aile gauche, c'est la capitaine Eugénie Le Sommer qui a obtenu le plus gros temps de jeu (436 minutes). Camille Catala, le temps d'une mi-temps face au Ghana, a souffert de la comparaison, et Faustine Robert, pour sa première sélection, a offert une prestation intéressante lors de la première période face à la Suède, ce qui devrait lui permettre de revenir vite. Amel Majri, pas convaincante en défense, pourrait remonter d'un cran lors des prochains rassemblements.

En pointe,
trois joueuses ont été utilisées, et celle qui a eu le plus gros temps de jeu est celle qui a montré le plus : Ouleye Sarr (244 minutes), devant Valérie Gauvin (182 minutes lors des deux premiers rassemblements) et Marie-Laure Délie (136 minutes lors des deux derniers matches). Ces deux dernières n'ont pas marqué de point pour l'avenir, mais si Gauvin a de nombreuses années devant elle, ce n'est pas le cas de Delie, déjà discutée avant, qui a pris part à la déroute allemande et a souffert face à la Suède, isolée et à contre-emploi. Très attendue, Marie-Antoinette Katoto ne sera pas là avant plusieurs mois, la question est donc, qui sera l'acolyte de Sarr lors des prochains rassemblements ?

Les résultats

En six rencontres, Corinne Diacre compte un bilan de quatre victoires, un match nul et une défaite, avec des impressions contrastées. Du feu d'artifice de la seconde période face au Ghana (huit buts marqués, soit plus de la moitié du total des six matches) à la déroute face à l'Allemagne, l'équipe a montré des visages très différents. Au-delà de la lourde défaite face à la Frauen-Mannschaft, l'équipe a cependant su répondre présente face à l'Espagne, l'Angleterre ou la Suède malgré une revue d'effectif importante et de nombreux changements de match en match, plus qu'en cours de match (trois à deux reprises, quatre à quatre reprises).

Avec en moyenne deux débutantes par match, sept changements à chaque composition de départ par rapport à la rencontre précédente (et même onze entre l'Angleterre et le Ghana, une première dans l'histoire des Bleues), les différentes équipes alignées ont souvent manqué de liant, mais il n'était pas attendu d'elle des performances collectives abouties dans ce contexte de toute façon. Si la défaite face à l'Allemagne et l'absence de but inscrit face à la Suède n'ont pas permis au groupe de terminer l'année sur un rassemblement satisfaisant, il y a tout de même du positif à tirer de ces trois premiers rassemblements.

Le point par rassemblement

Pour les débuts de Corinne Diacre, l'équipe de France prenait un accent hispanophone avec le Chili et l'Espagne au programme. Face à une Christiane Endler très solide dans le but chilien, et avec une équipe forcément en manque de repères avec un secteur offensif remanié et des latérales débutantes, l'équipe se sortait de son premier match de l'ère Diacre avec une petite victoire face à une équipe qui reprenait du service en vue des qualifications sud-américaines pour la Coupe du monde.

Son deuxième match, face à une équipe d'Espagne joueuse, était plus convaincant, et peut-être le plus agréable à regarder des six. Si les Espagnoles n'ont toujours pas trouvé la formule pour trouver le même succès en senior que chez les jeunes, il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une équipe solide et surtout joueuses, ce qui permet à l'équipe de France de mieux exprimer son jeu. Avec une victoire 3-1 et des belles combinaisons offensives entre Eugénie Le Sommer et Ouleye Sarr notamment, l'équipe de France terminait le premier rassemblement sur une note satisfaisante.

L'Angleterre et le Ghana offraient ensuite deux oppositions très différentes. Pas dans son assiette avec des problèmes extra-sportifs, le demi-finaliste du dernier Euro en éliminant la France n'a pas offert l'opposition attendue, et la France s'en est sortie avec une victoire arrachée en fin de match suite à une erreur de la gardienne remplaçante Karen Barsdley, Siobhan Chamberlain, grâce au deuxième but synonyme de victoire de la part de Viviane Asseyi.

Corinne Diacre changeait ensuite intégralement son onze de départ pour affronter le Ghana. Avec un coup de pouce de l'arbitrage, puisque le Ghana aurait dû ouvrir le score en première période, et un peu de chance, puisque Ouleye Sarr ouvrait le score grâce à un contre favorable, l'équipe de France connaissait des difficultés en première période face à une équipe généreuse, avant de dérouler après la pause, l'entrée en jeu d'Eugénie Le Sommer permettant de dynamiter l'attaque française face à une équipe rapidement cuite physiquement. La France inscrivait sept nouveaux buts lors des quarante-cinq dernières minutes pour s'offrir une très large victoire et porter le bilan de Corinne Diacre à quatre victoires en autant de rencontres.

Le dernier rassemblement était le plus compliqué, avec un menu intéressant comprenant les deux derniers finalistes olympiques. Sans dévier de sa ligne de conduite, Corinne Diacre continuait à faire des essais mais proposait tout de même une équipe composée majoritairement de cadres, qui prendront toutes l'eau, notamment en première période. Hors de position ou tout simplement en difficulté, cette large défaite aura coûté cher à certaines joueuses, « qui se sont un peu grillées », selon les dires de Corinne Diacre.

Face à la Suède, dernier match de l'année, la sélectionneuse tricolore opérait de nouveau à sept changements dans la composition de départ, avec l'objectif de rebondir. La Suède avec son nouveau sélectionneur Peter Gerhardsson, plus enclin que Pia Sundhage à faire parler le très prometteur potentiel offensif de son équipe (privée tout de même de Lina Hurtic, Marija Banusic et Fridolina Rolfö), surprenait la France avec une composition offensive en 343 et un match débuté tambour battant. La tempête passée, les Bleues prenaient ensuite le dessus, et le 0-0 final reflétait assez logiquement l'équilibre général de la partie. Si les Tricolores auraient aimé rebondir avec une victoire et retrouver le chemin des filets, elles ont réussi à garder leurs cages inviolées face à une bonne équipe et ses flèches offensives.

Et maintenant ?

Il semblerait que les trois rassemblements aient donné assez d'indications à Corinne Diacre pour qu'elle décide que le temps des « gros turnovers » est désormais révolu, et que le groupe va moins évoluer même s'il y aura des nouvelles au moins jusqu'en septembre prochain, après la Coupe du monde des moins de 20 ans. Le résultat de ces premiers rassemblements est forcément brouillon, et on espère que le match contre l'Allemagne a vu l'équipe atteindre le fond. Sa réaction face à la Suède a montré qu'elle était capable de réagir malgré une équipe une nouvelle fois fortement renouvelée.

Des axes de travail se détachent en plus de la nécessité de construire le groupe, et un turnover moins important pourra lui permettre de travailler dans de meilleures conditions et d'apporter une plus grande fluidité au jeu de l'équipe. Le premier, comme souvent, concernera l'attaque. Cela passera par l'animation offensive, souvent manquante, et bien sûr l'efficacité devant le but. Une défense commence à se détacher, c'est plus flou en revanche du côté des buts, où Corinne Diacre a effectué le même roulement qu'à tous les postes. « Une ossature commence à se créer », et c'est donc en appuyant sur celle-ci que la sélectionneure française va continuer à construire son groupe.

La prochaine étape en vue de la Coupe du monde se déroulera du côté de Marseille, face à une équipe d'Italie qui peut se montrer accrocheuse. Rendez-vous en janvier pour le prochain rassemblement de l'équipe, au cours duquel un seul match sera disputé, ce qui modifiera forcément la gestion de son groupe par Corinne Diacre.

Quelques chiffres

1
Comme la première fois dans l'histoire de la sélection qu'un sélectionneur change l'intégralité du onze de départ entre deux matchs. C'était entre le France - Angleterre et le France - Ghana en octobre. Le précédent "record" avait eu lieu en juin 2014 lorsque Philippe Bergeroo avait changé 10 des 11 joueuses entre le match France - Brésil en Guyane, et Etats-Unis - France quelques jours plus tard.

4
Comme le nombre de buts inscrits par Viviane Asseyi, meilleure buteuse de l'équipe de France depuis l'arrivée de Corinne Diacre. Deux joueuses ont été directement impliquées sur plus de buts, Eugénie Le Sommer (trois buts, trois passes) et Ouleye Sarr (deux buts, trois passes).

5
Comme le nombre de buts encaissés en six rencontres, dont quatre lors de la déroute face à l'Allemagne. C'est l'Espagne qui avait marqué le premier but encaissé par les Bleues depuis la nomination de Corinne Diacre, lors du premier rassemblement.

9
Comme le nombre de clubs représentés lors des trois rassemblements. Ce sont l'Olympique lyonnais et le Paris Saint-Germain qui ont été les plus représentés avec six joueuses (en incluant Ève Périsset qui n'a pas joué, pour le PSG), devant Montpellier et le PFC, cinq joueuses chacun.

11
Onze joueuses ont fêté leur première apparition en Bleue lors d'une des six rencontres disputées depuis l'arrivée de Corinne Diacre, une moyenne de presque deux débutantes par match. Le total le plus élevé : 4 contre le Chili, pour le premier match de la nouvelle sélectionneuse.

13
Comme le nombre de buts inscrits par l'équipe de France en six rencontres, une moyenne légèrement supérieure à deux buts par match, largement réhaussée par les huit buts inscrits face au Ghana. Les Bleues restent sur deux matches sans marquer.

14
Comme le nombre de Bleues sélectionnées à l'Euro ayant pris part à au moins un des six matches depuis la prise de fonction de Corinne Diacre. Parmi les neuf n'ayant pas joué, trois sont blessées, deux ont pris leur retraite, une a été appelée sans jouer (Périsset).

18
Comme le nombre de joueuses nées en 1992 (25 ans en fin d'année) ou après, sur les 29 ayant eu du temps de jeu. Un total qui monte à 21 sur 32 en comptant les trois joueuses appelées sans entrer en jeu. Elles étaient neuf (sur 23) lors de l'Euro.

22
Comme le nombre total de changements effectués par Corinne Diacre en six rencontres, soit une moyenne inférieure à 4 par match. Face au Chili et à l'Angleterre, la sélectionneuse française n'a effectué que trois changements, et quatre lors des autres rencontres.

29
Comme le nombre de joueuses ayant eu du temps de jeu (trois ont été appelées sans jouer), pour une présence sur le terrain allant de 45 minutes (Nadjima Ali Nadjim lors de la déroute allemande) à 436 (Eugénie Le Sommer, la nouvelle capitaine des Tricolores).

204
Comme le nombre de minutes passées en moyenne par les joueuses de l'équipe de France sur le terrain. Douze joueuses ont un total plus élevé. Seules Marion Torrent et Eugénie Le Sommer ont dépassé la barre des 400 minutes (428 et 436 respectivement), pour un total possible de 540.

Vendredi 1 Décembre 2017
Charlotte Vincelot


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