Footofeminin.fr : le football au féminin
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Championnats - Une intersaison 2026 qui a rappelé la fragilité du modèle français

À l'heure où Jean-Michel Aulas affiche sa confiance dans le développement du football féminin français et dans la structuration engagée autour de la Ligue Féminine de Football Professionnel, l'intersaison 2026 invite aussi à regarder une autre réalité. Entre renoncements, difficultés économiques, décisions de la DNCG et repêchages successifs, la constitution des trois championnats nationaux féminins aura ressemblé à un véritable jeu de dominos.



Ce duel entre Dijon et Reims il y a deux ans fait désormais partie du passé (photo Footofeminin)
Ce duel entre Dijon et Reims il y a deux ans fait désormais partie du passé (photo Footofeminin)
Quelques semaines auparavant, le président de la LFFP se voulait pourtant rassurant. Interrogé en mai par L'Équipe alors que les situations de Dijon et Nice suscitaient déjà de fortes inquiétudes, Jean-Michel Aulas estimait que le football féminin français avait jusqu'alors « évité les plus grosses catastrophes » et se montrait confiant dans la possibilité d'attirer de nouveaux investisseurs.

Reims : maintenu sur le terrain, absent à la rentrée

La première alerte forte est venue de Reims. Sportivement, les Champenoises avaient pourtant accompli leur mission en assurant leur maintien en Seconde Ligue lors de la dernière journée. Mais quelques jours plus tard, la logique économique a pris le dessus. Le Stade de Reims a décidé de ne plus poursuivre son équipe première féminine au niveau national. Début juin, les joueuses sous contrat avaient été invitées à trouver un nouveau projet. Une première place se libérait donc en Seconde Ligue.

Logiquement prioritaire après sa relégation sportive, Rodez s'est vu proposer un repêchage. Le RAF a refusé. Son président Pierre-Olivier Murat a notamment mis en avant l'écart financier considérable entre la D3 et une Seconde Ligue désormais professionnalisée, avec ses obligations contractuelles et ses déplacements nationaux. Le club a préféré repartir en D3 et reconstruire son projet. La place a finalement bénéficié au RC Roubaix-Wervicq, en tant que deuxième en D3, permettant alors de reconstituer un championnat à douze.

Dijon : le séisme qui atteint directement la Première Ligue

La situation s'est encore compliquée avec le Dijon FCO. Sixième de la saison régulière de Première Ligue quelques mois auparavant, le DFCO n'a finalement pas été en mesure de poursuivre son projet professionnel. Le 7 juillet, le club a annoncé qu'il ne ferait pas appel de son exclusion des compétitions nationales prononcée par la DNCG.

Dijon expliquait alors que sa section féminine générait un déficit annuel de l'ordre de 1,5 million d'euros, pour un budget total annoncé de 2,7 millions, et indiquait n'avoir trouvé aucun repreneur disposant des garanties financières nécessaires malgré la prospection de plus d'une centaine d'investisseurs. Le cas dijonnais constitue probablement le symbole le plus spectaculaire de cet été : une équipe qui avait réussi à s'installer sportivement dans la première moitié du championnat de France disparaissait pour des raisons essentiellement économiques.

Cette exclusion a entraîné le repêchage du RC Lens, pourtant relégué sportivement au terme de sa première saison en Première Ligue. Le club artésien a officiellement retrouvé sa place dans l'élite le 8 juillet.

Une place en Seconde Ligue que personne ne veut prendre

Le maintien administratif de Lens en Première Ligue a cependant créé une nouvelle place vacante en Seconde Ligue. Et la suite a été une cascade de déconvenue. Albi-Marssac, deuxième de son groupe de D3, aurait pu prétendre à l'accession mais n'a pas présenté le budget nécessaire pour évoluer en Seconde Ligue. Le club tarnais venait lui-même de traverser une procédure devant la DNCG avant d'obtenir finalement son maintien en D3.

Le SM Caen s'est alors retrouvé en position d'accéder administrativement au deuxième niveau national. Une promotion a même été annoncée avant que le club normand ne décide finalement de la refuser. Le 13 juillet, Caen a expliqué qu'une telle accession, proposée aussi tardivement, ne pouvait être raisonnablement préparée. Le club aurait notamment dû adapter son effectif aux exigences contractuelles de la Seconde Ligue, renforcer son staff et mobiliser rapidement des moyens financiers supplémentaires. Le règlement prévoit justement pour un club promu de D3 un minimum de huit joueuses sous contrat, avant de passer à onze en cas de maintien la saison suivante.

Après avoir épuisé les possibilités réglementaires de repêchage, la LFFP s'est donc résolue à une situation particulièrement inhabituelle : la Seconde Ligue 2026-2027 se disputera à onze équipes au lieu des douze initialement prévues.

Nice sauvé, mais après plusieurs semaines d'incertitude

L'OGC Nice aurait également pu rejoindre la liste des disparitions. Maintenues sportivement en Seconde Ligue, les Niçoises avaient appris au printemps qu'elles pouvaient rechercher un autre projet, la poursuite de la section au niveau professionnel étant alors sérieusement remise en cause.

Contrairement à Reims et Dijon, une solution a finalement été trouvée. L'association a confirmé l'engagement de l'équipe en Seconde Ligue et travaillait à l'arrivée d'un nouveau partenaire économique. Nice constitue donc l'un des dossiers finalement sauvés de cet été, mais l'épisode illustre lui aussi la précarité dans laquelle peuvent se retrouver des équipes pourtant sportivement maintenues.

La D3 elle aussi prise dans le jeu des chaises musicales

Les conséquences ne se sont pas arrêtées aux deux divisions professionnelles régies par la LFFP. En D3, l'ES Molsheim-Ernolsheim, pourtant maintenue sportivement, a renoncé à son engagement. Le club alsacien a notamment évoqué plus de vingt-cinq départs de joueuses et une situation interne devenue trop difficile pour poursuivre à ce niveau, qui avait déjà émergé avant même la fin du championnat. Albi-Marssac et Sarcelles ont de leur côté été menacés de rétrogradation administrative avant d'obtenir gain de cause en appel et de conserver leur place en D3.

Chassieu-Décines, qui avait gagné son accession sur le terrain, n'a en revanche pas obtenu l'autorisation de monter après confirmation de la décision de la DNCG en appel. Le système de repêchage est ainsi descendu progressivement dans la pyramide, avec notamment Lorient, Longvic ou Quevilly-Rouen concernés par les différentes places devenues disponibles. L'AS Châtenoy-le-Royal a même contesté la manière dont la vacance laissée en Seconde Ligue avait été répercutée sur la composition de la D3.

Le paradoxe d'un football qui veut accélérer

Une situation tout du moins paradoxale. D'un côté, le football féminin français poursuit sa volonté de professionnalisation : création et développement de la LFFP, nouvelles exigences structurelles, contrats obligatoires en Seconde Ligue, centres de formation, Coupe LFFP et volonté affichée d'augmenter les revenus et la visibilité. De l'autre, l'intersaison a montré combien le passage entre ambition sportive et modèle économique reste délicat.

Reims a obtenu son maintien mais a renoncé au niveau national. Dijon évoluait dans la première moitié de Première Ligue avant de disparaître des championnats nationaux. Rodez a préféré la D3 à un repêchage en Seconde Ligue. Albi-Marssac n'a pas présenté le budget nécessaire pour monter. Caen a estimé ne pas disposer des délais et des moyens permettant d'accepter l'accession. Et la Seconde Ligue commencera finalement avec seulement onze clubs.

Ce ne sont donc plus seulement les résultats sportifs qui déterminent la composition des championnats féminins mais la capacité à financer et structurer un projet devient presque aussi déterminante que le classement obtenu sur le terrain.

L'épisode dijonnais est à ce titre particulièrement éclairant. Dans son communiqué annonçant l'arrêt de son équipe au niveau national, le DFCO résumait brutalement l'équation : des revenus encore insuffisants face au coût croissant d'une structure professionnelle.

Le constat ne remet pas nécessairement en cause la volonté de professionnalisation portée par Jean-Michel Aulas et la LFFP. Il souligne en revanche l'un des principaux défis. Professionnaliser ne consiste pas seulement à augmenter les exigences imposées aux clubs : encore faut-il construire parallèlement les ressources permettant au plus grand nombre de les assumer.

L'été 2026 aura ainsi constitué un sérieux avertissement. Derrière une Première Ligue finalement revenue à douze équipes grâce au repêchage de Lens, la Seconde Ligue n'a pas réussi à trouver douze clubs capables ou désireux d'en assumer les contraintes. Une situation qui donne une résonance particulière aux ambitions affichées pour les prochaines saisons et amène à s'interroger sur la vitesse à laquelle le football féminin français peut-il se professionnaliser sans fragiliser ceux qui doivent précisément porter cette professionnalisation ?

Mardi 1 Septembre 2026
Sebastien Duret

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