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Euro 2022 - Corinne DIACRE : "On est sur un certain équilibre que je n’ai pas voulu casser"

Corinne Diacre a répondu aux questions en conférence de presse après l'annonce de la liste des 23 joueuses pour l'EURO 2022.



Y’a-t-il eu des cas de conscience dans la finalisation de cette liste ? Notamment pour Amandine Henry ?

La liste a été faite de manière naturelle avec les adjoints. On a passé quasiment toute une journée dessus, sur le choix des joueuses. On a pesé le pour et le contre. On a souhaité faire confiance aux joueuses avec lesquelles on travaille et avec qui on a construit depuis quelques mois cette équipe qui s’est qualifiée pour la Coupe du monde. On a souhaité rester sur un certain équilibre tout simplement.

Vous ne craigniez pas d’avoir un manque d’expérience de haut niveau avec l’absence d’Amandine Henry au milieu ?

C’est une question que l’on s’est posé mais de l’expérience, on en a avec beaucoup d’autre joueuses. Il était important aussi de régénérer un peu cet effectif. C’est ce que l’on a commencé à faire à l’issue de la Coupe du monde. Là je pense qu’aujourd’hui, on a trouvé un certain équilibre. Donc on n’a pas voulu changer quoi que ce soit par rapport aux filles qui avaient fait les efforts et nous avaient donné satisfaction, aussi bien en termes de performance que de vie de groupe hors du terrain. On a souhaité garder cet équilibre pour l’EURO.

Y’a-t-il des réservistes ?

Officieusement oui. Je les appellerai dans la journée, au plus tard demain, pour leur faire part de mes intentions de les conserver en bonne forme au cas où il y aurait une blessée d’ici l’annonce de la liste officielle auprès de l’UEFA.

"Ses performances ont été en-deça cette saison" (Asseyi)

Avez-vous eu des nouvelles concernant une potentielle blessure de Katoto hier ? Sera-t-elle la joueuse sur laquelle la France devra se reposer pour cet EURO ?

Marie va bien, je suis la première rassurée. On va éviter de lui mettre de la pression sur ses épaules, elle en aura déjà suffisamment vis-à-vis d’elle-même. Il faut simplement que l’équipe fonctionne très bien autour d’elle. On a très envie qu’elle performe évidemment mais on a aussi d’autres atouts qui peuvent performer autour d’elle.

Un mot sur l’absence de Viviane Asseyi, qui sort d’une saison un peu compliquée au Bayern Munich ? Est-ce que ce sont ses performances qui expliquent son absence dans cette liste ?

Oui, c’était un choix difficile. Mais effectivement, ses performances ont été en-deçà cette saison de ce que nous pouvons attendre en équipe de France. C’est vrai qu’elle a rencontré quelques difficultés avec son club… Ça a été une décision difficile à prendre. Il y en a eu d’autres bien sûr mais à partir du moment où l’on fait des choix, je les assume.

Kheira Hamraoui ne fait pas partie de la liste non plus. Ce sont les problèmes extra-sportifs qui font qu’elle ne pouvait pas non plus intégrer ce groupe pour l’EURO ?

C’est surtout le fait qu’elle ne joue pas depuis plusieurs semaines. Donc à partir du moment où en termes de performances, c’est difficile pour nous de l’observer, ça fait pencher la balance vers le choix de ne pas la sélectionner.

"Justine (Lerond) est la gardienne titulaire des U23 donc il était logique pour nous qu'elle tape à la porte des A"

Ouleymata Sarr intègre elle cette liste. Qu’est ce qui a fait pencher le choix pour elle plutôt qu’une attaquante d’expérience comme Eugénie Le Sommer ?

Son profil. Les deux joueuses que vous venez de citer ont des profils athlétiques complètement différents. Ce sont sa capacité à prendre la profondeur et à suppléer l’attaquante axiale qui ont mis Ouleymata dans une balance favorable pour cette liste.

Par rapport aux matches de préparation à venir face au Cameroun et le Vietnam, y’a-t-il un objectif de faire tourner un maximum l’effectif ou de quand même garder le noyau de titulaires sur ces rencontres ?

Sur le premier match, il va venir dans la continuité de notre préparation. Sur le deuxième, on devrait être un tout petit peu plus proche de la composition pour l’EURO. Un tout petit peu… C’est difficile de vous dire ce qu’il va se passer d’ici deux semaines.

Justine Lerond est appelée en tant que troisième gardienne. Pourquoi ce choix et qu’attendez-vous de sa sélection dans le groupe ?

Le choix de Justine s’est fait assez simplement car en début de saison avec Sabrina Viguier, la responsable des sélections nationales de jeunes, on avait souhaité maintenir l’équipe U23. Le Président nous a accordé deux stages pour cette équipe. Elles ont également fait quatre matches amicaux cette saison, contre l’Angleterre et la Belgique. Justine est la gardienne titulaire des U23 donc il était logique pour nous que la titulaire des U23 tape à la porte des A. C’est aussi pour cette raison que l’on avait souhaité maintenir cette équipe U23, pour qu’elles puissent jouer des matches internationaux à haut niveau. On a bien fait car malheureusement, Solène Durand s’est blessée gravement. Donc aujourd’hui on prend dans cette équipe U23 dont je salue le travail de Grégoire Sorin et de son staff.

"(Katoto) est désormais l’attaquante de l’Équipe de France"

Sur la présence d’Hawa Cissokho, quels éléments ont fait pencher la balance en sa faveur ? Élisa de Almeida avait effectué des prestations encourageantes en début de saison avant de moins jouer au PSG. Est-ce aussi la raison de son absence ?

Elisa joue de plus en plus sur cette fin de saison avec le Paris Saint-Germain. Il y a eu un peu de tout. Hawa est toujours titulaire dans son club. Il y a les performances mais aussi le profil dans la vie du groupe. Ça s’est joué à pas grand-chose. On a fait le choix d’Hawa plutôt qu’Elisa, c’est un choix délibéré. Maintenant, Elisa aurait aussi pu faire partie de ce groupe, elle n’était pas loin. Seules 23 joueuses pouvaient composer cette liste donc on s’est arrêté au choix d’Hawa.

Dans quelle mesure la Coupe du monde 2019 et le vécu de cette grande compétition a pesé dans les choix faits pour cette liste pour l’EURO 2022 ?

Un bilan a été fait après la Coupe du monde, sur plusieurs aspects : sportif, hors terrain, groupe, notre vie interne avec les joueuses et le staff… Il y a eu beaucoup de temps passé avec mes adjoints en termes de discussions et de réunions. Depuis la Coupe du monde, trois ans se sont écoulés. On a eu le temps d’essayer plusieurs choses, d’avoir un fonctionnement évolutif.

Aujourd’hui, on est arrivé à quelque chose qui fonctionne bien, que ce soit avec les joueuses mais aussi avec le staff. On demande souvent aux joueuses d’avoir une bonne cohésion et entente mais si nous on n’a pas ça dans notre staff… Il y avait plusieurs choses à revoir. C’est ce que l’on a fait. Par rapport à 2019, on a trois ans de plus. On ne rajeunit pas mais personne ne le fait. Trois ans d’expérience supplémentaire et plus de recul. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, on se connaît bien mieux aussi. Les choses se font un peu plus naturellement aussi.

En quoi par rapport à ces trois ans passés Katoto est plus forte qu’aujourd’hui ? Sur quoi a-t-elle progressé ? Espérez-vous aussi que son avenir soit réglé d’ici l’EURO ?

Par rapport à 2019, il faut remettre les choses dans le contexte. Marie sortait d’une Coupe du monde U20 en 2018… je ne sais pas si je peux employer le mot catastrophique, mais en tout cas elle n’a pas été à la hauteur de ce qu’elle déjà espérait. 2019 était un peu tôt pour la prendre avec nous. Marie a ce talent. On le sait depuis un petit moment, elle performe avec les sélections de jeunes depuis très longtemps. Mais à ce moment-là, elle n’était pas performante. Je n’ai pas de regrets de ne pas l’avoir pris en 2019 car je pense que l’état d’esprit dans lequel elle était à ce moment-là n’aurait servi ni elle ni l’équipe de France.

Maintenant, si on l’avait prise… on ne sait pas ce qu’il se serait passé. Mais de ma part, il n’y a pas de regrets. Je savais qu’à un moment donné, Marie ferait partie du groupe. Elle l’est aujourd’hui. On a souvent dit que Marie n’était pas performante dans les grands rendez-vous. Aujourd’hui, on n’en parle plus, elle l’est. Donc elle est désormais l’attaquante de l’équipe de France. Sur son avenir, je pense qu’il sera réglé avant le début de la préparation. On en a convenu collégialement avec le groupe des joueuses.

Derrière l’absence de joueuses emblématiques comme Amandine Henry ou Eugénie Le Sommer, il n’y a pas aussi une volonté de recentrer l’intérêt sur le collectif et non les individualités comme ça avait pu être le cas par le passé ?

Oui, c’est quelque chose sur lequel on travaille depuis un petit moment. Des individualités après il en faut, heureusement, et j’en ai des très fortes qui vont mener ce groupe-là et aider la jeunesse à s’intégrer. Aujourd’hui, c’est très fluide. On a près de 18 mois de vécu en commun, on reste sur une dynamique de victoire. On a eu des moments difficiles, comme face à la Slovénie ou le Pays de Galles. Maintenant, il y a des choses qui s’installent. On va avoir quatre stages de préparation où il va y avoir du travail, un peu de souffrance car les filles ne vont se reposer que quelques jours d’ici le premier rassemblement. Cela étant, aujourd’hui on est sur un certain équilibre que je n’ai pas voulu casser. On est aussi sur une certaine dynamique que j’ai souhaité conserver.

"Une dizaine de joueuses (pour la liste de réservistes)"

Un mot sur le camp de base des Bleues révélé il y a quelques semaines, un peu isolé et loin du stade où elles évolueront ? Pourquoi ce choix ?

Cet hôtel faisait partie d’un catalogue et je peux vous dire qu’on n’a pas choisi le plus loin, ni le plus isolé. Donc va s’estimer heureux. Le choix était difficile, le catalogue étant très peu fourni. Il y avait d’autres paramètres à prendre en compte. Notre choix s’est porté sur celui-ci et la Fédération nous donne énormément de moyens pour que l’on s’y sente très bien et que l’on puisse y vivre le plus longtemps possible.

Que représente pour vous le fait de jouer cet EURO en Angleterre ?
Une nation qui évolue même si cela fait un petit moment que l'on n'a pas joué contre les Anglaises. Mais j'ai envie de dire que toutes les nations travaillent bien, mettent énormément de moyens et je pense que cela va être un très très bel EURO et qu'il va être très très serré.

Quelles sont vos ambitions pour cette compétition ? Est-ce qu'un autre résultat qu'une victoire sera un échec pour vous ?
Aujourd'hui, je ne pense pas à un échec. On a encore du temps pour travailler. On a une ambition affichée. Cette ambition est collective. Les choses ne vont pas se faire naturellement et très facilement. On va passer par des étapes. Il faudra rester sereins, droits dans ce qu'on veut faire, garder notre cap et rester professionnelles. On a cette ambition, on ne va pas s'en cacher mais on sait aussi que le parcours sera difficile.

Vous avez fait le choix de retenir Clara Matéo, qu'est-ce qui a fait pencher la balance en sa faveur ?
Déjà, sa belle saison avec le PFC auréolé d'une troisième place en championnat. Des prestations individuelles qui ont évolué au cours de la saison. On l'avait déjà sélectionné la saison passée, elle était arrivée très timide. Et on a vu au fil des résultats en club et dans sa vie professionnelle, une certaine stabilité et une certaine maturité. Elle peut évoluer à plusieurs postes. C'est une opportunité de choix supplémentaires.

Combien de joueuses figurent la liste officieuse de réservistes ? Qui sont-elles ?
Il y aura une dizaine de joueuses que l'on va appeler, je ne les ai pas encore appelé, donc je leur laisse la primeur. En plus, les joueuses que je vais appeler aura le droit de me dire non. Ce sont des choses que je garderai pour moi.

Qu'en est-il du brassard de capitaine et de la vice-capitaine ?
Le brassard est dévolu à Wendie. Il y a plusieurs vice-capitaines et certaines ont déjà eu ce rôle-là par le passé. Charlotte Bilbault, Aïssatou Tounkara, Marion Torrent, mais d'autres comme Grace Geyoro, Griedge Mbock, Kadidiatou Diani. Plein de joueuses peuvent être vice-capitaines et cela se fera en fonction aussi de la place qu'elles prendront dans le groupe.

Comment va se dérouler la préparation ?
On va faire un premier stage dans le Sud-Ouest et ensuite on va tout le gros de la préparation à Clairefontaine.

Lundi 30 Mai 2022
Daniel Marques

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