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Bleues - Corinne DIACRE : « On a besoin de redonner un peu d’émotion à notre public »

L’équipe de France est de retour ! Après une longue pause, les Bleues se retrouvent pour disputer le Tournoi de France, dont c’est la première édition, face au Canada, au Brésil et aux Pays-Bas du 4 au 10 mars prochain. La sélectionneuse tricolore Corinne Diacre a dévoilé sa liste, dans laquelle les Bordelaises Sarr et Cascarino font leur retour.



(photo FFF)
(photo FFF)
On note l’absence de Gaëtane Thiney dans le groupe de 23 joueuses. Que lui reprochez-vous ? Est-ce son âge, son niveau de jeu, ou les critiques qu’elle a pu formuler dans la presse ?
J’avais rencontré Gaëtane fin novembre pour lui signifier qu’à l’avenir je pourrais me passer de ses services. C’était quelque chose qui était prévu depuis quelques temps donc. Seules les compétitions du week-end me guident dans mes choix, et au niveau de ses performances après la coupe du monde, j’ai trouvé qu’elles étaient en deca de ce qu’elle avait pu nous montrer auparavant, voilà pourquoi elle n’est pas là aujourd’hui.

« Je voulais revoir Estelle Cascarino au niveau international »

Dans cette liste, on remarque aussi le retour d’Ouleymata Sarr. Qu’est-ce qui vous a convaincu de la faire revenir ?
Elle a fait de grosses performances ces dernières semaines, elle a marqué des buts (5 en 13 apparitions en Ligue 1 cette saison, NDLR). J’ai vu une autre Ouleymata, qui a l’air aussi d’être moins gênée par des pépins physiques comme ça a pu etre le cas dans le passé. Quand on regarde ses temps de jeu depuis le mois de janvier c’est impressionnant, même si la fin d’année 2019 avait été tronquée car elle était, il me semble, en délicatesse avec ses genoux. Là tout semble rentrer dans l’ordre. Certainement que le travail fait aux Girondins de Bordeaux lui convient bien.

Elle fait son retour dans cette liste (elle ne compte qu’une sélection, en octobre 2017), quel regard portez-vous sur la saison d’Estelle Cascarino, une autre Girondine ?
Elle n’a pas joué tout de suite avec Bordeaux en début de saison, elle le fait de plus en plus régulièrement. J’ai trouvé quelqu’un de plus mature dans le jeu, qui a progressé athlétiquement, je pense que le travail fait avec le coach Martinez Losa pèse aussi. J’ai voulu la revoir au niveau international. C’est mieux pour moi de confronter ces jeunes joueuses avec ce qui se fait de meilleur dans le monde.

En fin d’année dernière, vous aviez annoncé votre envie de voir l’équipe de France disputer plus de matches à l’extérieur. Soutenez-vous, du coup, l’organisation de ce tournoi en France ?
Bien sûr. Je suis forcément partie prenante de l’organisation de ce tournoi. C’est surtout sur la prochaine année où on aimerait aller jouer à l’extérieur. Ce tournoi, ça fait quelques moments qu’on parle avec le président, c’était une volonté de sa part après la coupe du monde. On a besoin d’avoir notre public à nos côtés, de leur redonner un peu d’émotion comme on avait pu en vivre pendant la coupe du monde. Surtout qu’on n’a pas joué dans les Hauts-de-France pendant le Mondial donc ce sera l’occasion pour les gens du Nord de recevoir l’équipe de France.

Diacre ménagera les Parisiennes et les Lyonnaises avant le choc de D1

(photo FFF)
(photo FFF)
Y-a-t-il une certaine pression avant cette première édition du tournoi de France ?
On va jouer trois matches de haut niveau face à trois adversaires probants et intéressants. On n’a pas de pression particulière, l’objectif c’est clairement de se préparer pour avril et juin, pour nos quatre matches de qualification à venir. Le profil des équipes qu’on va rencontrer en mars sera très différent d’avril ou juin, mais ce sera à nous d’installer notre jeu.

Sur le plan tactique, comment comptez-vous aborder les matches à venir ?
On va surtout se préparer nous, on va tomber contre trois équipes qui vont faire les JO, donc à mon sens ils ont plus de pression que nous. On va s’attarder sur le fait que l’équipe de France joue bien, mais surtout qu’elle gagne.

Ce rassemblement prend place avant choc PSG-OL en D1 (le 14 mars). Comment allez-vous gérer le temps de jeu des lyonnaises et des Parisiennes, nombreuses dans ce groupe ?
A contrario du match aller où on jouait avant un match officiel, là ce sont trois matches non officiel, bien qu’importants. Je sais que les clubs avaient souhaité jouer le dimanche mais ça n’avait pas pu se faire. C’est évident que pour les deux clubs en questions je ferai attention aux temps de jeu des concernées, pour que tout le monde s’y retrouve. L’Equipe de France est au service des clubs et inversement. Ce tournoi est amical même si on va avoir des objectifs importants, mais je n’irai pas au détriment de ces deux clubs en vue de ce match-là.

« Si une jeune joueuse émerge cet été, elle fera partie de l’équipe »

Le dernier rassemblement a eu lieu il y a plusieurs mois. Comment avez-vous maintenu le contact depuis novembre ?
J’ai tout simplement suivi les joueuses en compétition le week-end, avec mon staff. On a la chance que tous les matches soient retransmis, ça nous permet de quasiment tout voir chaque week-end. Je suis également allée voir (Pauline) Peyraud-Magnin et (Maéva) Clemaron en Angleterre ainsi que (Aissatou) Tounkara à Madrid. Ça m’a permis de voir dans quelles conditions elles pouvaient évoluer et passer un petit moment d’échange très sympathique avec elles.

Vous avez expliqué que ce tournoi de France devrait servir à préparer les prochains matches de qualification. En vue de l’Euro 2021, on voit peu de très jeunes joueuses ayant gagné avec les équipes de jeunes, est-ce que vous envisager d’en intégrer encore au cours de l’année prochaine ?
Les U19 vont disputer tournoi de la manga sur les mêmes dates que nous au mois de mars avant un tournoi qualificatif en avril. Donc priorité à la qualification des U19 pour le championnat d’Europe. Les U20 partent aussi en mars pour préparer la coupe du monde. Gilles Eyquem (le sélectionneur des U20) a d’ailleurs laissé quelques U20 à disposition des U19 pour qu’elles se qualifient. Là c’était un tournoi amical donc la priorité était aux jeunes. Après la porte n’est fermée pour personne, si une jeune joueuse émerge après cet été, elle fera partie sans problème de l’équipe de France.

« Il faut que Katoto prenne du plaisir et trouve ses marques »

Vous avez fait l’objet de pas mal de critiques depuis la coupe du monde. Cela vous a atteint ? Qu’avez-vous modifié dans votre relation avec vos joueuses et dans votre management ? Vous êtes la même qu’en 2019 ?
Je ne suis pas la même en 2020, j’ai changé de coupe de cheveux (sourire) ! Les critiques font partie de ma fonction, j’ai entendu ce qui s’est dit, j’ai fait mon analyse de tout ça. Je suis têtue mais je ne suis pas fermée et obtus, j’ai une réelle envie d’avancer et de m’améliorer. Mais on ne peut pas se refaire intégralement non plus. Il y a des choses qui ont déjà évolué, d’autres qui évolueront très certainement. On ne peut pas plaire à tout le monde.

Marie-Antoinette Katoto a fait de bonnes performances avec le PSG et l’équipe de France, est-ce l’occasion pour elle de s’installer à la pointe de l’équipe de France ?
Je ne veux pas lui mettre de pression, elle fera ce qu’elle fera mais il faut qu’elle soit bien dans sa tête. Aujourd’hui c’est le cas puisqu’elle réalise de bonnes performances avec son club. Il faut qu’elle prenne du plaisir à jouer, qu’elle trouve ses marques avec d’autres joueuses, des automatismes. Effectivement ses dernières sorties en équipe nationale sont encourageantes, il n’y a pas de raison que ça change en 2020, au contraire ! Je pense qu’elle a aussi muri, on a pas mal échangé, on s’est dit les choses, je lui ai expliqué pourquoi je ne l’ai pas pris pendant la coupe du monde, je pense qu’elle a apprécié cette discussion, et maintenant, comme avec les autres, on est tourné vers l’avant. Aujourd’hui elle fait partie des 23 et à l’avenir j’espère qu’elle fera partie d’un groupe encore plus réduit.

Jeudi 27 Février 2020
Vincent Roussel


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