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Sonia Bompastor : « Le plus gros de nos adversaires, ce sera peut-être nous même »

La Lyonnaise évoque l'incroyable forme de son équipe et le choc au sommet face au deuxième du classement, Montpellier, à Gerland dimanche. Elle parle aussi de son retour à Lyon et de la qualification pour les ¼ de finale de la Ligue des Champions acquise tranquillement, mercredi, face à Rossiyanka.



(photo : Van Gol)
(photo : Van Gol)
Sonia, la victoire face à Rossiyanka à Gerland (5-0), c'est le sentiment du devoir accompli ?
Après le match aller où l'on avait gagné 6-1 en Russie, le plus dur était de rester concentrées. Mais on avait envie, devant notre public de faire du beau jeu, de marquer des buts. En ayant gagné 6-1 à l'aller, la qualification était déjà acquise donc c'est vrai que mentalement ce n'était pas évident.

L'année dernière vous n'êtes pas passé loin du titre, cette année l'objectif c'est de la gagner cette Ligue des Champions
Par rapport à l'année dernière, il ne reste pas une grande marge de manœuvre car les filles ont perdu aux pénaltys alors qu'elle menait de deux tirs aux buts en finale. Cette année, l'équipe a encore été renforcée avec l'arrivée de Sabrina (Viguier), d'Eugénie (Le Sommer), de Camille (Abily) et de moi-même. L'objectif c'est de gagner les trois compétitions, on ne s'en cache pas car on sait qu'on a un gros effectif. Et puis remporter cette coupe d'Europe, ça fait un petit moment que tout le monde en a envie, j'espère que ce sera pour cette année.

On sait aussi que le président Aulas la veut à tout prix
Ça fait deux-trois ans qu'il fait son effectif pour aller la chercher. En championnat, ça se traduit par des scores assez fleuves lors de certains matches, mais, en même temps, on a un objectif bien précis : c'est cette Coupe d'Europe et ça passe par des matchs de championnat pas forcément équilibrés. En tout cas, cette année, il y a toutes les qualités pour aller décrocher cette coupe d'Europe.

« Pour Montpellier, ce match, c'est un peu sa Coupe d'Europe »

Dimanche, c'est Montpellier qui vient à Lyon, c'est déjà déterminant pour le titre ?
Oui. Montpellier va venir ici avec un état d'esprit conquérant. Pour elles, c'est un peu leur Coupe d'Europe car, malheureusement, cette année, elles n'y participent pas. Elles sont très motivées car elles ont envie de faire chuter Lyon. Mais en cas de victoire de notre part, on repousserait Montpellier à six points et ce serait, déjà, une avance confortable pour aller chercher le titre. Ça peut être un tournant mais ce ne sera pas facile car les Montpellieraines nous connaissent bien et elles ne vont pas se laisser faire.

Elles viennent de battre Juvisy, elles restent sur quatre victoires consécutives. Ca risque de faire un gros match à Gerland.
Je l'espère, ce serait bien pour le foot féminin et pour nous les joueuses. Les Montpellieraines sont concentrées sur leur objectif principal : le championnat. Elles seront fraîches et reposées contrairement à nous qui avons joué un match en semaine, même si dernièrement le coach a fait tourner donc ce ne sera pas un élément qui va nous perturber.

C'est l'adversaire le plus dangereux pour le titre ?
Il en fait partie. En début de saison, j'aurais mis Montpellier et le PSG comme les deux plus dangereux tout en respectant Juvisy. Pour ce club, le plus difficile sera de gérer le championnat et la Coupe d'Europe car il a un effectif limité et il ne peut pas trop se permettre de faire tourner. Montpellier et Paris sont, eux, concentrés uniquement sur le championnat et ont un effectif beaucoup plus conséquent.

Vous avez d'ailleurs jouez à Montpellier, quels souvenirs en gardez-vous ?
J'y ai joué quatre saisons là bas, j'avais de super rapports avec les dirigeants, je m'entendais très bien avec Louis Nicollin. C'est le club qui m'a révélé au haut niveau, il m'a mis dans de bonnes dispositions au niveau football et même en dehors pour que je devienne ce que je suis aujourd'hui. Je suis très reconnaissante par rapport à ça et j'en garde des super souvenirs car c'est là où j'ai gagné mes premiers titres. A l'époque on avait un peu de moyen mais on possédait un groupe très solidaire. Je garde le souvenir de victoires en championnat, en challenge de France où le groupe avait bien vécu ensemble et ça, ça fait partie d'une carrière et des souvenirs qu'on n'oublie pas dans une carrière.

« Le plus gros de nos adversaires, ce sera peut-être nous même »

Le début de saison lyonnais est tonitruant. Vous avez inscrit trente-neuf buts, encaissé un seul. Il n'y a rien à faire pour vous arrêter ?
Sans se cacher, on est au-dessus de toutes les autres équipes. Je considère qu'avec l'effectif que l'on possède, on est au-dessus du PSG et de Montpellier. Après un match de foot reste un match de foot, on ne sait jamais ce qui peut se passer. Le plus gros de nos adversaires, ce sera peut-être nous même car sur le terrain si on est à 100% et que tout le monde est dans un bon jour, je ne vois vraiment pas comment les équipes pourront nous arrêter, en tout cas, en championnat. En Ligue des Champions, les Allemandes ont des arguments.
Maintenant quand on a un groupe aussi conséquent, il faut savoir le gérer pour ne pas avoir de soucis. Et en ce moment le groupe vit bien, les filles ont pas mal de temps de jeu, Patrice en a (ndlr : Patrice Lair, le coach) donné à tout le monde dernièrement. C'est bien ça vient récompenser les efforts faits par toutes les joueuses.

Y a t-il aussi un risque de tomber dans la facilité et donc de perdre des points bêtement ?
Non, je n'y crois pas. On a des joueuses qui sont des leaders, je considère que j'en fais partie, et je ne pense pas qu'il y aura de relâchement. Tous les matches on a envie de les gagner, d'être à fond. En fait, c'est un peu le message que je véhicule au sein du vestiaire. Si on veut prendre du plaisir sur le terrain, il faut respecter l'adversaire en jouant à 100%, si on veut produire du jeu et gagner il faut aussi qu'on ait un bon état d'esprit et qu'on donne tout de la première à la dernière minute. Et puis Patrice ne nous laissera pas nous relâcher, ça vous pouvez lui faire confiance.

Il arrive à vous motiver de la même manière lors pour un match de championnat comme pour un match de Ligue des Champions ?
C'est sûr que ce n'est pas le même genre de match mais il arrive à tirer le meilleur de ses joueuses. Ce qui est bien c'est que contre des équipes de bas de classement, il n'hésite pas à donner sa chance à certaines joueuses qui auront envie de lui montrer qu'il peut aussi compter sur elles. Et ça élève le niveau de jeu de toute l'équipe.

« La Coupe du monde sera sûrement ma dernière grande compétition, voilà pourquoi je suis revenue »

L'intégration dans le groupe lyonnais s'est bien passé ?
Oui car avant d'aller aux Etats-Unis, j'ai joué deux ans et demi à Lyon. Il y avait juste Isabell Lehn Herlovsen avec qui je n'avais jamais joué. Et puis le fait d'être allé aux Etats-Unis et de parler anglais me permet d'aider les étrangères à mieux s'intégrer au sein du groupe. Et que ce soit en dehors ou sur le terrain, j'ai très vite retrouvé mes repères, je n'ai pas eu l'impression d'être parti deux ans.

Justement pourquoi avoir décidé de revenir à Lyon ?
C'était surtout par rapport à la Coupe du monde qui se profilait en juin, ce n'était pas un choix facile à faire car les deux saisons que j'ai faites là bas m'ont énormément apporté. Après je me suis dit que ce qui allait être dur, c'est de réaliser tous les allers-retours. J'ai pu le constater cette année avec tous les matches de qualification. Entre les heures d'avion, le décalage horaire, ça prend beaucoup d'énergie et ça diminue les performances. Si je ne me blesse pas et que je suis performante, cet été, ce sera sûrement ma dernière Coupe du monde. J'avais donc envie de mettre toutes les chances de mon côté pour la réussir car ce sera sûrement ma dernière grande compétition, voilà pourquoi je suis revenue.

Recueillis par Thibault Simonnet pour footofeminin.fr

Samedi 13 Novembre 2010
Thibault Simonnet

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