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#UWCL - Sandrine SOUBEYRAND (Paris FC) : "On a le droit de rêver, on a le droit d'y croire"

Dénouement de la phase de groupe ce mardi soir face à Chelsea, déjà qualifié, le Paris FC conserve encore un espoir de qualification qui passera par un résultat face aux Blues mais aussi que Häcken ne gagne pas dans le même temps.



Sandrine Soubeyrand
Sandrine Soubeyrand
On sent que l'exploit est palpable. On voit les vidéos ces derniers jours, les joueuses y croient beaucoup. C'est l'idée de ces heures qui vont mener jusqu'au match ?
Oui, en tout cas, c'est ce qu'on souhaite. À travers les cinq précédents matches, on s'est permis de rêver. Donc c'est vrai que l'atmosphère est plutôt positive. Après, évidemment, on sait que ça va être compliqué, que c'est une grosse équipe qui est certes déjà qualifiée.
Mais bon, quand on s'appelle Chelsea, je sais qu'elles ne nous feront aucun cadeau. C’est vrai qu'on a envie d'y croire et on y croit tout simplement.

Est-ce qu'on peut avoir des nouvelles de l'équipe ? Greboval était malade contre Häcken, Nnadozie était touchée à la tête… Comment va le groupe globalement ?
Jusqu'à aujourd'hui, je croise les doigts. On a pu faire souffler quelques joueuses. On a retrouvé Théa qui c’est vrai était bien malade en Suède. Chiamaka ça va, malgré un coup reçu à la tête. Toutes les joueuses sont disponibles, à part Alsu Abdullina qui est blessée.

"On dira qu'on a passé un cap si on s'est qualifié"

Vous avez parlé du fait que Chelsea est déjà qualifié, assuré d'être premier et pourrait donc faire tourner avec leur calendrier. Est-ce une donnée qui rentre en ligne de compte, le fait d'avoir en face de vous une équipe remaniée, avec des joueuses qui, en face, vont vouloir marquer des points auprès de leur coach ?
Non, on se prépare comme si on allait jouer contre presque l'une des meilleures équipes d'Europe. On a étudié tous les profils de joueuses pouvant jouer demain. Donc, non. Cela étant, on connaît toutes les joueuses. On a fait pas mal de recherches.
Dès le premier match, on avait déjà beaucoup d'informations sur cette équipe-là. On a profité avec toutes les rencontres qu'elles ont effectuées, même s'ils ne font pas beaucoup tourner. Il y a quelques joueuses qu'on connaissait moins, donc on a pas mal cherché. Je ne sais pas quelle équipe elles mettront… On s'en fout, j'ai envie de dire.
Il va falloir être bon, il va falloir être efficace. Et si on veut l'emporter, il faudra être meilleur que l'équipe qui sera alignée en face.

Par rapport au match aller, est-ce que vous avez tiré des enseignements ? Est-ce que vous pensez que votre équipe a passé un cap par rapport à ce match-là ?
En tout cas, on travaille en ce sens-là. Après, c'est toujours difficile de dire si on a passé des caps. On dira qu'on a passé un cap si on s'est qualifié. Et même si on ne se qualifie pas, je dirai qu'on aura quand même passé un cap, parce qu'on s'est rendu compte aussi que des matches à très haut niveau, ça se joue sur des détails.
Alors, c'est facile de le dire quand on joue quatre fois dans l'année un gros match on va dire, de très haut niveau face à Lyon et au PSG. Mais là, on en a joué plusieurs. Ce qui fait la différence, c’est par exemple à Chelsea : à 0-0, on a une occasion. À 1-1, on a l'occasion du 2-1. Et derrière, on prend un contre et ce sont elles qui marquent.
Donc on se rend compte que ce qu'on dit, ça se révèle par les faits, par les matches. Donc j'espère qu'on sera efficaces. En tout cas, un peu plus efficaces encore que contre Häcken. Là aussi, on a eu des situations qu'on ne peut pas manquer. Chaque match est différent. J'ose croire qu'on a tiré des leçons. En tout cas, on a élevé notre niveau quoi qu'il arrive. On a fait une super campagne de Ligue des Championnes.
Après, évidemment, on a tous envie d'aller en quarts de finale. Mais il y a six mois de ça, si on nous avait dit qu'on pouvait lutter pour se qualifier pour un quart de finale en Ligue des Championnes, je pense qu'on aurait rigolé. Donc il faut avoir de l'ambition. On a le droit de rêver, on a le droit d'y croire. On va tout mettre en œuvre pour gagner.

"On sait que ça va être compliqué"

Sachant que la qualification ne dépend pas seulement de vous…
Oui, c'est sûr. Mais après, nous, on doit faire notre partie du travail. On sait que ça va être compliqué, que ça va être complexe. Mais un match, ça se construit. Il ne faut pas trop se découvrir, il faut lutter à peu près dans le même style de match qu'on a fait contre Chelsea.
Il ne faut pas partir à l'abordage, mais il on doit être capable de les contrer et de se projeter assez rapidement. C’est vrai qu'après, on est dépendants aussi de l'autre match… Mais ça, en soi, on s'en moque. Ce qu'il faut, c'est déjà nous se permettre de pouvoir gagner. Après, le reste, ce n’est pas entre nos mains.

Vous allez surveiller ce qui se passera sur l'autre match ou vous voulez rester dans votre bulle ?
Surveiller ? Je ne sais pas trop. Moi, je n’ai pas trop le temps de surveiller. Déjà, j'essaie de me focaliser sur mon équipe. L'objectif c'est qu'on gagne. Le reste, de toute façon, je ne pourrais pas le maîtriser.

"L'engagement, c'est une valeur"

Par rapport à la campagne de communication des joueuses autour du match, vous avez suivi de loin tout ce qu'avait fait le groupe. Tout ce qui se passe cette année au niveau de la communication, au niveau de l'ambiance dans le groupe, comment vous le voyez en tant que coach ?
C'est vrai que nous, on n'est pas forcément impliqués car on a déjà pas mal de choses sur lesquelles on est focalisés, notamment pour préparer les matchs, même si on est toujours un peu au courant. Mais c'est aussi un point sur lequel on milite, en tout cas, moi, en tant que coach. C'est-à-dire qu'elles ne sont pas juste là pour jouer.
Elles ont aussi, à travers les matches, à travers la communication, elles ont une image à véhiculer, aussi bien personnelle que collective, porter ou à mettre en avant le club. Je trouve que tous les gens qui sont acteurs de ce qu'ils font, ils le font d'autant plus facilement parce que ça donne du sens à quelque chose. Et là, pour elles, ça a sens, parce que quand vous jouez devant 12 000 personnes ou 15 000 ou 10 000, c'est quand même plus sympa que de jouer devant 1 500 personnes ou 500.
Pour elles, c'est aussi un défi qui leur prend un peu de temps. Mais en vrai, il y a quand même vachement plus contraignant que ces choses-là, même si elles ont pris deux heures, samedi passé après l'entraînement. Elles le font avec plaisir. Il n'y a aucune obligation, mais elles s'impliquent. Et je trouve qu'à l'heure d'aujourd'hui, s'engager dans quelque chose, même si c'est leur job que de jouer au foot, c'est aussi bien d'être porteur de valeur. Et l'engagement, c'est une valeur.

"Il faut qu'on arrive à trouver un public"

Cette semaine, on va dire que le football féminin français retrouve une vitesse de croisière normale après un épisode rocambolesque la semaine dernière. Sur le faux départ du sélectionneur, vous l'historique, est-ce que ça vous gêne ou ça ne vous gêne pas ?
Pour moi, c'est un faux débat parce que je ne voyais pas où vous vouliez en venir. Moi, j'ai envie de dire... Je n'ai pas forcément d'avis. Je me dis juste est-ce qu'on le ferait dans d'autres sports ? Est-ce qu'on le ferait dans le foot masculin ? Est-ce qu'on aurait l'idée d'aller jusque-là ? Je n'en sais rien.
On peut voir ça dans les deux sens. Soit qu'il n'est pas impliqué. Soit qu'au contraire, parce qu'il a du talent et des compétences, on veut avoir ce qui se fait de mieux. En plus, il a une connaissance du continent africain, il a une vraie connaissance des forces et faiblesses de chacune des équipes. En plus, il connaît les dirigeants.
Moi, j'ai envie de dire que ça ne me concerne pas trop. Mais c'est quelque chose qu'il faut prendre en compte. C’est vrai que ça peut écorner un peu son image. Il y a des gens qui sont là pour gérer ces problématiques-là. Moi, ce n'est pas la mienne. Je regarde seulement.

Juste pour finir sur cette affluence potentielle. On a parlé des joueuses qui vont évoluer devant un tel public. Vous Sandrine, avez connu pareille affluence il y a 10 ans lors de Juvisy-Lyon. Là, cette fois-ci, en tant que coach, vous allez vivre potentiellement plus, peut-être 15 000. Comment vous vivez ce moment personnellement ? Quelles différences voyez-vous aussi par rapport à il y a 10 ans ?
Finalement, pas grand-chose parce qu'en tant que joueuse, il y en avait 12 000. En tant qu'entraîneur, il y en aura peut-être 15 000 (sourire). En tout cas, c'est ce que je souhaite. Non, mais c'est top. C'est bien parce que ça récompense.
En fait, le fait qu'il y ait du monde, ça montre que si on se mobilise tous… Alors peut-être les personnes qui se mobilisent le moins, ce sont les coachs parce qu'ils ont plein d'autres choses à faire et ils ne sont pas forcément dans la communication.
Mais honnêtement, je préfère qu'on joue devant 15 000 voire 20 000 personnes que devant une affluence très faible. Un, ça met en valeur les joueuses. Deux, ça met en valeur le club. Si éventuellement, on peut se qualifier, c'est tout bénef, aussi bien pour la ville que pour le reste, même si c'est vrai qu'on est un club beaucoup moins important que le Paris SG.
Mais j'ai envie de dire, ce qui est important à mon sens, c'est que si on a des dirigeants motivés, si le travail autour du club dans la communication est fait, je pense qu'on peut drainer du monde. Mais ça reste que des épiphénomènes qu'il faut arriver à pérenniser dans le temps.
Les joueuses ne pourront pas toujours s'investir pour une communication, mais je pense qu'il faut qu'on arrive à trouver un public. On n’aura peut-être jamais 15 000 personnes à tous les matchs, mais si on arrivait à avoir 5 000, 6 000 personnes à chaque fois… c'est ce vers quoi il faut tendre.

"Mais ce qu'on a vécu, on ne nous l'enlèvera pas"

Il faut être aussi réaliste. Il y a des clubs qui arrivent à avoir du monde. Chez les filles, même Lyon, même le PSG, ça ne draine pas un public très, très important. Même si ces deux clubs arrivent, de temps en temps, à faire 20 000 personnes. C'est vraiment sur certains matches. Il faut rester raisonnable.
Le sport féminin, le foot féminin, à part sur des grandes compétitions, n'attirent pas un public. C'est pour ça qu'il faut arriver à pérenniser et cibler bien les publics. Je pense que ce n'est pas le même public qui va voir la Ligue 2, ce n'est pas le même public qui va voir le PSG chez les garçons. C'est familial.
Il faut arriver à trouver le bon créneau horaire. Il faut arriver à toucher peut-être des clubs qui sont proches aussi de Charléty parce qu'il y a une notion de distance qui est importante à Paris et qui, parfois, est rédhibitoire. Mais je reste persuadée qu'on peut faire aussi bien, pas régulièrement, mais sur des grosses affiches, si le club travaille bien, si peut-être les joueuses et tout le personnel du club est capable de se mobiliser. Je sais aussi que ça peut retomber vite. Mais ce qu'on a vécu, on ne nous l'enlèvera pas. On a vécu une très belle campagne européenne. On a fait venir pas mal de monde au stade. Comme quoi, si on essaie d'être communiquant, d'être disponible, de rendre aussi aux gens qui viennent aux matches avec des communications attrayantes… Je sais que c'est très important, peut-être les accueillir et les faire venir de temps en temps aux entraînements, je pense qu'il y a moyen de faire des choses bien. On ne remplira pas, on ne mettra jamais 40 000 personnes sur un match. Mais ça, ce n'est pas une problématique pour moi.

"L'histoire, elle ne peut être que racontée par les acteurs, les actrices"

Réussir finalement à convertir cette épopée, les gens que vous avez réussi à entraîner, à faire venir, qu’ils restent et que ce lien qui s'est noué potentiellement avec les nouveaux supporters dure sur le long cours…
Voilà. Ça passe par les résultats, ça passe par une très bonne communication. Les services de communication du club sont très sollicités. C’est une réalité. Dorénavant, on doit prendre en compte ces phénomènes.
En fait, il faut raconter une histoire. Et l'histoire, elle ne peut être que racontée par les acteurs, les actrices, elles se sont beaucoup impliquées. Elles ont raconté une histoire depuis le début de la campagne européenne. Et elles amènent les gens à venir au stade.
Le club doit aussi accompagner, pas l'écriture du scénario car le scénario, ce sont les résultats. Mais le club doit accompagner les actrices. Et pour l'instant, l'histoire, elle est plutôt sympa. Elle donne envie de revenir, donc c'est plutôt top.

Emma HAYES (Chelsea) : "On sait à quoi s'attendre et nos joueuses aiment ce genre d'ambiance"

Outre Sam Kerr, blessée de longue durée, Emma Hayes a déclaré que son équipe serait privée de deux joueuses pour le match contre le Paris FC : l'ancienne gardienne de but du PSG Ann-Kathrin Berger qui est blessée et de Mélanie Leupolz qui est mise au repos après trois titularisations de suite depuis la reprise. Chelsea a un programme très chargé en février avec deux journées de championnat et un quart de finale de coupe de ligue ainsi qu'un match de coupe d'Angleterre à la suite de ce match de Ligue des Champions. on peut donc s'attendre à ce que Chelsea fasse tourner un petit peu. De plus avec son effectif pléthorique Emma Hayes n'a que l'embarras du choix pour faire son onze de départ.

Son avis sur le Paris FC et les 10 000 spectateurs annoncés
Je pense que ça sera un match intéressant. C'est un match important pour les deux équipes, nous connaissons les qualités du PFC suite au match à Stamford Bridge. On sait que c'est un match qu'elles veulent gagner. C'est la même chose pour nous. Je demande à mes joueuses de continuer à progresser en Europe, à progresser sur la gestion des petits détails. Nous respectons le PFC, ils jouent à domicile et il y aura beaucoup de monde au stade. On a l'habitude d'avoir de grosses affluences en Angleterre, on aime jouer devant beaucoup de monde. On a déjà joué à Paris contre le PSG donc on sait à quoi s'attendre et nos joueuses aiment ce genre d'ambiance.

A propos Ève Périsset
C'est une joueuse très professionnelle, elle vient à l'entrainement elle travaille très sérieusement. C'est une joueuse très intelligente qui lit très bien le jeu et amène sa contribution à l'équipe. C'est une joueuses très sympathique et facile à coacher. Elle est capable de joueur à plusieurs postes, latérale droite ou gauche et s'adapte bien à toutes les situations.

Mardi 30 Janvier 2024
Daniel Marques (avec Sylvain Jamet)

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