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D1 - Marinette PICHON : « Quatre équipes peuvent aller chercher le titre »

A la veille de l'affiche Juvisy - Lyon, la recordwoman du nombre de buts marqués en Bleues (81 buts en 112 sélections), désormais consultante pour France Télévisions depuis 2011, et responsable communication au sein du service des sports du Conseil Général de l’Essonne s'exprime.



Bruno Bini et Marinette Pichon lors des JO (photo DR)
Bruno Bini et Marinette Pichon lors des JO (photo DR)
Les Bleues se sont qualifiées récemment pour l’Euro 2013, qui aura lieu en Suède. Alors après deux échecs successifs en 1/2 finales, au Mondial en 2011 et aux JO cet été, cette Equipe de France est-elle capable de briller lors du prochain Euro ?
Oui, c’est évident, elles seront en capacité de s’appuyer sur leur expérience. Elles vont vouloir à tout prix ramener une médaille, et je les en sens capable.

Concrètement, qu’est-ce qui a manqué aux filles de Bruno Bini pour passer ce cap des demi-finales ces deux dernières années ?
Un peu plus de réalisme et un peu moins de malchance. Elles ont beaucoup tiré au but, pour peu de transformation. Après, je n’ai rien contre Sarah (Bouhaddi, gardienne des Bleues, ndlr), mais elle a fait une erreur contre le Japon qui coûte la place à une finale olympique. Face à cette équipe japonaise qui n’a rien montré, les joueuses de l’équipe de France avaient la place de passer.

Bruno Bini a apporté de la régularité à la performance

Psychologiquement, le fait d’échouer deux années de suite aux portes de la finale, c’est plutôt un facteur de motivation ou de crainte pour les joueuses ?
Je pense qu’il y a deux contextes. Elles sont susceptibles d’y repenser, mais elles ont la motivation de se dire qu’elles sont encore une fois qualifiées pour un tournoi final, avec toutes les qualités qu’on leur connait. Maintenant je pense qu’il ni aura pas de syndrôme. Elles vont vraiment se préparer pour ramener une médaille.

Sélectionneur depuis février 2007, le discours de Bruno Bini passe-t-il toujours autant auprès des joueuses ?
Si ce n’était pas le cas on verrait peut-être une répercussion sur le terrain. Aujourd’hui, je n’ai pas la sensation qu’il y a un problème. Il a la capacité de savoir s’il est encore écouté. Les filles ne s’en plaignent pas et sont conscientes de leur parcours depuis son arrivée.

Qu’a-t-il apporté à cette Equipe de France ?
Une vie de groupe, à la base. Il a permis à l’Equipe de France de se qualifier régulièrement à chaque compétition. Il a donc apporté de la régularité dans la performance. Il a aussi amené de la jeunesse au groupe, et effectué un mélange avec des joueuses plus expérimentées, en plus de l’apport de quelques talents comme Marie-Laure Delie ou Elodie Thomis. L’équipe peut s’appuyer sur ses cadres, comme Thiney, Abily, Nécib, Le Sommer… Il a amené du sang neuf.

Pensez-vous que la force de l’équipe de France vienne en partie du fait qu’elle a une très grosse ossature lyonnaise ?
Ce qui est sûr, c’est que ça ne peut être qu’un atout ! Elles évoluent ensemble dans le championnat, elles ont des parcours et des palmarès supra-intéressants et supra-chargés, comme une finale et deux victoires en Champion’s League, le championnat, la Coupe de France…

Sur les 12 clubs du championnat de France, il n’y a que 4 entraîneurs féminins pour 8 masculins. Idem en sélection nationale : 5 sélectionneurs se sont succédés, 4 hommes et 1 seule femme, Elisabeth Loisel. Comment l’expliquez-vous ?
C’est un parcours choisi par les femmes qui ont évolué dans le championnat, et qui ont pris l’envie d’entraîner. Les garçons, eux, viennent ou entraînent plus tard, c’est pour eux un défi, un challenge de connaître ce côté féminin. Il y a des entraîneurs très compétents comme Patrice Lair (entraîneur OL, ndlr), Farid Benstiti (entraîneur PSG, ndlr), et d’autres. Le foot féminin est intéressant.

A l’issue de votre carrière de joueuse, vous n’avez pas eu envie de vous lancer dans une carrière d’entraîneur ?
Pas du tout. Je n’ai jamais eu envie, parce que j’ai arrêté le foot pour cause de contraintes, et coacher, c’est se remettre des contraintes. J’en ai pas la volonté ni les compétences.

Vous avez déclaré à France Soir en 2011 : « Je suis déçue que le Mondial soit diffusé sur Eurosport, une chaîne privée. (…) Le football féminin n’est pas aidé. » Un an après, est-ce que vous avez l’impression que les choses évoluent en faveur du foot féminin en France ?
Oui, ça évolue puisqu’il y a des droits achetés par les chaînes privées et publiques (France Télévisions, D8, Eurosport). Cela fait preuve d’une belle attractivité. Je pense que c’est dommage de passer par une chaîne payante dans une récession économique dure pour tous. Si on veut voir les matchs, en Champion’s League par exemple, ou si on veut voir jouer Juvisy en championnat, on est obligé de s’abonner à Eurosport.

L'OL est capable d'un nouveau triplé

3 matchs, 3 victoires, 23 buts marqués et aucun encaissé, les Lyonnaises semblent intouchables, une nouvelle fois, dans ce début de saison. L’OL est-il capable de réaliser un nouveau triplé cette saison ?
Oui, elles en sont capables. Maintenant, on a un championnat qui vient de s’étoffer, avec Paris qui a recruté des joueuses internationales et qui investit, Juvisy qui est toujours compétitif et Montpellier qui ne lâchera pas l’affaire. Ces quatre équipes ont le potentiel pour aller chercher une place européenne, et le titre.

Selon vous, objectivement, cette équipe rhodanienne est-elle l’une des toutes meilleures au Monde ?
Franchement, depuis les deux dernières années, j’ai envie de dire qu’elles peuvent rivaliser avec les équipes américaines. Le championnat américain, individuellement, collectivement, c’est du lourd. C’est beau de voir l’OL féminin évoluer à un tel niveau. Elles ont les capacités pour aller rivaliser avec les meilleures.

Vous avez été Championne de France en 2006 avec Juvisy. Sentiez-vous à ce moment-là que l’OL devenait un véritable rouleau-compresseur ?
Oui, il y avait déjà une volonté première de Jean-Michel Aulas (président de l’OL, ndlr) de monter une grosse équipe, et quand il a remporté la Coupe d’Europe en 2011, j’ai tenu à le féliciter et à le saluer. Il a été l’un des pionniers, avec Louis Nicollin (président de Montpellier, ndlr), à mettre de l’argent et investir dans ce foot féminin. Il a des valeurs et a toujours un objectif. Oui, j’aurais pu continuer quelques années.

Sonia Bompastor m'impressionne

Comme Sonia Bompastor, Marinette Pichon a évolué aux USA (photo DR)
Comme Sonia Bompastor, Marinette Pichon a évolué aux USA (photo DR)
Est-ce que vous auriez aimé jouer avec cet OL-là ?
Evidemment, qui ne rêve pas un jour d’évoluer avec cette équipe, qui est juste fabuleuse ! Leur grande force, c’est que ça fait 20 ans qu’elles sont ensemble. Elles ont joué ensemble dans les mêmes équipes de jeunes. Elles sont coéquipières sur le terrain, et amies dans la vie.

Quelle joueuse de l’effectif olympien vous impressionne le plus ?
Par rapport à toute sa carrière, je dirais Sonia Bompastor. Simplement parce qu’elle s’est exilée avec Camille (Abily) aux Etats-Unis, elle a été capable de s’adapter à cette machine américaine, et puis elle est revenue en France avec beaucoup d’humilité. C’est quelqu’un que je respecte énormément, que j’apprécie et qui a toujours gardé les pieds sur terre. Chapeau bas.

Propos recueillis par Mikhaël Defoly

Vendredi 12 Octobre 2012
Sebastien Duret

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