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#D1Arkema – Analyse : comment le PSG a maîtrisé le derby parisien

A la veille de sa rencontre de Ligue des Champions, retour sur la rencontre du Paris Saint-Germain qui a balayé sans se poser de question le Paris FC dans le choc de la 10e journée de D1 dimanche dernier (4-1). Retour et analyse de cette rencontre où certains paris n’ont pas fonctionné.



Däbritz ici face à Matéo et Corboz (photo PSG.fr)
Däbritz ici face à Matéo et Corboz (photo PSG.fr)
Le score ne reflète pas toujours la réalité du terrain. Un précepte bien connu du football et auquel le Paris FC a dû bien souvent penser cette saison en regardant ses rencontres. Déjà défaites contre Montpellier (1-2) et Bordeaux (0-1) malgré des prestations solides, les joueuses de Sandrine Soubeyrand se sont rendues au Camp des Loges le week-end dernier avec la ferme intention de prendre des points sous peine de se faire distancer dans la course à la troisième place.

Mais comment mettre à défaut la meilleure attaque du championnat en la personne du PSG (4,1 buts par match), quand même l’OL n’a pas su trouver la faille ? Pour se faire, le PFC s’est présenté en 4-1-4-1 sur la pelouse face au traditionnel 4-3-3 d’Olivier Echouafni.

Les deux systèmes parisiens face-à-face, avec le PSG en phase offensive.
Les deux systèmes parisiens face-à-face, avec le PSG en phase offensive.

Le Paris FC dame le terrain

Un dispositif modulable, pouvant passer du 4-5-1 défensif au 4-3-3 offensif. L’objectif avec ce système est simple pour les visiteuses : s’offrir une forte densité au milieu tout en gardant un face-à-face équilibré sur les ailes. Ainsi, les coéquipières de Thiney, positionnée entre les deux lignes, peuvent fermer les ailes et contenir les joueuses parisiennes dans l’axe.

Offensivement, sans la possession du ballon (35% seulement sur la rencontre), les options sont plus limitées. Corboz et Jean-François, placées dans le demi-espace* (zone rougeâtre sur l’image ci-dessous), sont les principaux points d’appui au milieu pour permettre de faire la transition offensive. Mais ces dernières sont vite gênées par un PSG qui s’adapte sans souci majeur.

En effet, Diani (en jaune) et Baltimore n’hésitent pas en phase défensive à revenir près de ce demi-espace pour prendre au marquage ces deux milieux adverses et aident à les enfermer s’il le faut (triangle bleu). De plus, le très faible PPDA** des locales sur cette rencontre (3,9 contre 7 en moyenne cette saison) montre à quel point elles ont empêché le Paris FC de sortir de sa moitié de terrain tout en le pressant, le forçant par conséquent à allonger ou à revenir en arrière pour trouver une solution.

Pour faire mal devant, le PSG a misé pendant ce temps sur sa large palette offensive : les arrières latérales Morroni et Lawrence monte à hauteur de la ligne du milieu pour l’étirer (comme sur la première image) pendant que Däbritz, Formiga (remplacée à la 37e par Bachmann) et Geyoro naviguent au milieu pour chercher les espaces et d’éventuels relais avec leurs ailières ou des ouvertures en profondeur.

Autre atout majeur des Rouges et Bleues et non des moindres : la présence de Katoto en pointe, capable de gagner des duels aériens, de tenir le ballon et de faire la différence seule devant. De quoi permettre si besoin au bloc de remonter en servant de relais, comme sur le quatrième but, ou tout simplement d’être trouvée en profondeur.

Des erreurs qui mettent à mal le plan des visiteuses

Cette opposition entre les deux équipes, plutôt bien rôdées chacune de leur côté, aurait pu durer. Mais le Paris FC a vu son projet tomber à l’eau très rapidement, sabordant lui-même ce qu’il tentait d’entreprendre. Sur les deux premiers buts encaissés, les visiteuses payent sévèrement leurs erreurs de concentration et de placement, se laissant surprendre dès la première minute côté droit, avant de voir Katoto faire la différence sur corner suite à un marquage défaillant.

Un score de 0-2 qui pousse toutefois le PFC à venir chercher un peu plus son adversaire, avec un pressing plus présent et qui s’accentue en seconde période. Corboz est chargée de l’actionner en sortant sur la porteuse du ballon. Pour ne pas laisser une ouverture béante, Thiney compense alors le départ de sa coéquipière (le 4-1-4-1 se muant temporairement en 4-4-2), pendant que Sällström reste vigilante en veillant sur une éventuelle ligne de passe adverse (trait rouge).

Mieux dans la partie malgré la domination du PSG, le PFC commence même à se montrer devant par séquences malgré des positions de tir pas toujours avantageuses (0,09 ***xG par tir). Mais les joueuses de Soubeyrand encaissent à nouveau rapidement deux autres buts dans le second acte, le PSG parvenant à exploiter les failles laissées.

Sur le troisième but, Diani parvient à s’appuyer sur Bachmann dans le demi-espace pour partir devant avant de servir Baltimore, oubliée dans le dos de Soyer. Quant au quatrième, la volonté de laisser au moment du dégagement deux joueuses du Paris FC dans leur propre surface, potentiellement pour garder les attaquantes du PSG proches de celle-ci, va se retourner contre le club visiteur. La longue relance d’Honegger est interceptée par Baltimore avant d’être déviée parfaitement par Katoto, offrant un 5 contre 3 aux locales pour conclure.
Le 4e but du PSG, avec le 5 contre 3 offert aux Parisiennes.
Le 4e but du PSG, avec le 5 contre 3 offert aux Parisiennes.

De nouvelles erreurs qui finissent d’enterrer les espoirs du Paris FC, ce dernier sauvant tout de même logiquement les honneurs. L’entrée dans le second acte d’Evelyne Viens, plus imposante dans les duels et qui a souvent tenté d’appeler le ballon, est aussi récompensée. L’attaquante s’offre son but en solitaire sur contre-attaque grâce à une superbe ouverture de Thiney qui élimine la ligne du milieu du PSG.
L’ouverture de Thiney, après la récupération plein axe, vers Viens qui part seule. La ligne du milieu du PSG saute.
L’ouverture de Thiney, après la récupération plein axe, vers Viens qui part seule. La ligne du milieu du PSG saute.

Des enseignements à retenir des deux côtés

Si le score final paraît donc lourd sur le papier, comme le confirme d’ailleurs les xG (2 pour le PSG contre 0,98 pour le PFC), il est à l’image de la saison des deux équipes. D’un côté, le Paris Saint-Germain continue de démontrer qu’il est à prendre plus que jamais au sérieux cette année. Comme l’OL et d’autres équipes majeures en Europe, il a su développer une palette suffisamment large pour toujours parvenir à trouver une solution face à ses adversaires, en plus d’un précieux sens du réalisme.

De l’autre, le Paris FC a vu son plan partir en fumée et n’a pas su garder la même solidité défensive que d’habitude. La faute à un trop gros nombre d’occasions concédées (11 contre 4,4 en moyenne) mais aussi et surtout à des erreurs de concentration fatales. Ces mêmes erreurs qui ont déjà coûté gros aux coéquipières de Thiney dans des matchs plus serrés ces derniers mois (MHSC, EAG, FCGB…). Il y a certes des vecteurs d’espoir dans le jeu proposé par le club parisien, surtout s’il règle ses soucis de réalisme et stoppe ses sauts de concentration. Mais avec désormais huit points de retard sur le troisième du championnat, le temps presse s’il veut toujours voir l’Europe l’an prochain.

Toutes les statistiques de cet article sont fournies par notre partenaire InStat Football : https://instatsport.com

*Half-space, soit le demi-espace. Si on divise le terrain en cinq dans la longueur, ce sont les deux bandes situées entre l’arrière latérale et la défenseure centrale d’une équipe. Une position où se placent souvent les joueuses en football, permettant par exemple de jouer en appui avec une joueuse qui serait dans l’axe.

**PPDA : Passes allowed Per Defensive Action, soit le nombre de passes autorisées par action défensive. Pour obtenir ce chiffre, on prend le nombre de passes réalisées par l’équipe qui attaque et on le divise par le nombre d’actions défensives adverses. C’est l’une des statistiques qui peut aider à quantifier le pressing adverse.

***xG : Expected Goals, soit le nombre de buts que l’équipe aurait dû marquer en fonction de la probabilité que ses tirs se transforment en buts (calculée grâce à divers facteurs).

Mercredi 9 Décembre 2020
Daniel Marques

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