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#D1Arkema - En chiffres : le bilan à mi-saison des clubs

La D1 Arkema reprend ses droits ce week-end sur le terrain après une pause hivernale et la Coupe de France. L’occasion de tirer un bilan à mi-saison avant la reprise et de zoomer sur certaines tendances observées chez les clubs français cette saison.



Lyon qui court en tête poursuivi par le PSG, la bataille pour la 3e place qui bat son plein et une course au maintien à suspense. Après 11 journées, le tableau de la D1 Arkema cette saison semble être celui attendu, avec comme souvent quelques rares surprises dans le lot. Mais il reste intéressant d’observer certains points et trajectoires à mi-chemin, afin de se projeter sur les journées à venir.

Pour cette analyse, nous allons nous appuyer sur les expected goals* mais également sur d’autres indicateurs. Il est donc important de rappeler en préambule que les statistiques sont toujours sujettes à l'interprétation. Elles ne remplacent en aucun cas l'observation réelle du terrain et des matchs. Elles permettent au contraire de réfléchir ensuite sur les raisons d’une surperformance ou sous-performance.

Le tandem OL-PSG devant, Reims et Fleury se démarquent

Pour commencer, intéressons-nous tout d’abord à deux indicateurs simples : la possession et le tir ratio**. Ces deux statistiques permettent de mesurer en partie la domination et le style d’une équipe, la possession prenant en compte le pourcentage de temps durant lequel celle-ci tient le ballon et la seconde étant une comparaison entre les tirs tentés et subis par un club en moyenne. Un chiffre supérieur à 50% montre que ce dernier a l’habitude de tirer plus souvent que son adversaire.

En toute logique, les deux ogres du championnat de France (en orange) se retrouvent nettement devant dans les deux domaines, suivis plus loin par le Paris FC et Bordeaux (en vert). Si les Parisiennes, actuelles troisièmes, sont attendues si haut, la position des Girondines elle interroge, le FCGB n’étant que 7e à l’heure actuelle malgré une possession et une propension à tirer plus que son adversaire bien supérieur au reste des clubs de l’élite.

De plus, la corrélation observée la saison passée entre bons résultats et possession/tir ratio plus élevé n’est plus aussi nette en 2021/22. En témoigne la capacité de Fleury (51,8% de tir ratio) et Reims (43,1%) notamment à se montrer dangereux devant la cage adversaire malgré une possession bien moindre que la moyenne (45% pour le FCF91, 42% pour le SDR). Deux équipes qui ont une tendance à agir et à se montrer plus décisives en contre-attaque cette saison, ce qui peut expliquer cet écart.

À l’inverse, Guingamp semble lui avoir plus de mal à exploiter le ballon pour se procurer des occasions, étant la seule équipe à avoir plus de 50% de possession en moyenne (51%) tout en présentant l’un des plus faibles totaux de tir ratio (39%). Une carence dans le jeu qui peut expliquer que l’EAG est à mi-saison le club de D1 qui inscrit la plus faible proportion de ses buts sur une phase ouverte dans le jeu (20% - 2/10) et la plus forte sur coups de pied arrêtés (70% - 7/10).

Enfin, Issy et Dijon sont assez décrochés du groupe principal d’équipes (en bleu), les Isséennes présentant à la fois la plus faible possession moyenne (37%) et le plus faible tir ratio (31,8%), confirmant de nouveau les difficultés de l’actuelle lanterne rouge du championnat cette saison.

L’inefficacité isséenne contre la muraille montpelliéraine

Pour pousser cette analyse encore un peu plus, il est intéressant de regarder de plus près la potentielle efficacité défensive et offensive des 12 équipes de l’élite. Pour ce faire, nous allons nous attarder sur l’écart entre les npxG pour et contre (Expected goals sans compter les penalties) et les buts inscrits et concédés hors penalties et contre son camp. En prenant la variation entre les deux nombres, cela nous permettra de déceler si certaines équipes surperforment ou sous-performent par rapport à ce qui est attendu dans chaque secteur.

Plusieurs points sont à remarquer au premier abord, à commencer par le net manque d’efficacité offensive du GPSO 92 Issy cité précédemment. En plus d’être l’équipe qui tire le moins (81) et qui subit le plus de frappes (174) cette saison en D1 Arkema, le club francilien ne parvient pas à convertir ses situations. En atteste son différentiel Buts-npxG négatif mis en lumière par le graphique (2 buts hors pen et csc pour 8,44 npxG, -6,44).

Il n’est pas surprenant de retrouver par ailleurs Guingamp dans cette zone, sa difficulté dans le jeu se ressentant également au moment de convertir ses occasions (différentiel de -4,30), et ce malgré le fait qu’elle est l’équipe qui cadre le plus ses tirs en proportion (53/98 – 54,1%). Mais cette lacune dans la production est partiellement compensée par sa capacité à marquer sur CPA comme évoqué plus haut, ce qui n’est pas le cas des Isséennes. Également dans la partie basse, le double manque d’efficacité de Bordeaux offensivement et défensivement par rapport à ses concurrents directs explique en partie son retard sur ces derniers à mi-parcours.

Du côté de l’efficacité défensive, Dijon apparaît plus fragile (20 buts encaissés hors pen et csc pour 17,7 npxGA, -2,35), étant la 2e équipe après Issy à subir le plus de tirs en 2021/22 (173) même si la proportion de celles-ci qui finissent dans le cadre est l’une des plus faibles (41% seulement). Tout l’inverse de Montpellier, coaché cette saison par l’ancien dijonnais Yannick Chandioux, qui affiche le meilleur différentiel npxGA-Buts concédés en D1 jusqu’ici (9 buts contre hors pen et csc pour 15,4 npxGA, +6,42) et qui reste actuellement sur 4 clean sheets sur ses 4 dernières rencontres dans l’élite.

Enfin, la position de Saint-Étienne est pour sa part particulière. Seule équipe à se montrer efficace offensivement et défensivement en compagnie du top 3 du championnat, elle pose la question d’une potentielle marge de progression pour les Stéphanoises sur la moitié de saison à venir. L’ASSE n’a pas semblé maladroit sur ses 11 premiers matches mais se retrouve pour l’instant dans la zone rouge avec 5 points seulement. Si l’efficacité n’est pas à pointer, cela voudrait dire qu’une production offensive défaillante et qu’une tendance à trop subir conduirait à ces résultats difficiles.

Soyaux et Saint-Étienne timorés

Une tendance qui peut se creuser en regardant de plus près les tirs tentés et subis par les clubs de D1 jusqu’ici. On va croiser le volume de tirs par match de chaque club avec la valeur xG moyenne de ces tirs (npxG par tir), en commençant tout d’abord par ceux tentés.

La potentielle défaillance de la production offensive stéphanoise apparaît clairement au premier coup d’œil (en rouge), le club de la Loire étant accompagné dans cette zone par l’ASJ Soyaux. Si Issy et Dijon (7,4) tentent bien moins de tirs par match que l’ASSE (7,7), aucune équipe n’affiche un si faible total de npxG par tir (0,076). Une double peine pour les Stéphanoises, qui tirent peu mais en prime dans des zones et positions pas assez dangereuses. La meilleure joueuse des Vertes dans ce domaine, Esther Okoronkwo (0,110 xG par tir), se retrouve sans surprise loin des autres attaquantes du championnat.

Le cas de Soyaux rappelle lui les mêmes défauts entrevus l’an dernier à la même période. Alors que l’ASJ est tire plus que ses concurrents pour le maintien (9,6 frappes par match), il est avec l’ASSE le seul club sous la barre des 0,1 xG par tir (0,089). Une difficulté à se placer dans des positions avantageuses devant la cage adverse et une ligne offensive qui se cherche encore même si elle peut toujours compter sur la présence de Laura Bourgouin, adroite quand il s’agit de viser le cadre (17 tirs cadrés en D1 cette saison, seules Macario, Katoto et Malard font mieux).

À l’opposé du spectre, le leader lyonnais est nettement au-dessus du lot et de son adversaire principal, l’OL ayant profité de cette explosivité devant pour remporter ses 10 premières rencontres d’une saison de D1 par au moins 3 buts d’écart à chaque fois pour la 1re fois de son histoire depuis sa fusion avec le FC Lyon en 2004. Bordeaux lui est à nouveau bien placé, confortant le fait qu’il paye avant tout un manque d’efficacité, sans doute symbolisé par le départ de sa serial buteuse de la saison passée Khadija Shaw.

Dans la moyenne et au coude à coude avec le Paris FC pour le podium, le FC Fleury 91 a lui pu compter sur son recrutement de l’été Nikola Karczewska pour faire la différence devant (6 buts pour 4,2 xG, +1,8), l’attaquante polonaise présentant le plus haut total de npxG par tir parmi les joueuses qui ont tenté au moins 10 frappes en 2021/22 dans l’élite (0,327).

Le Dijon FCO friable, l’ASJ Soyaux tangue

Après avoir étudié les tirs tentés, passons désormais aux frappes subies par les divers clubs de l’élite à mi-saison, avec là-encore de nettes tendances qui ressortent.

Comme avant, Soyaux et Saint-Étienne sont à nouveau en difficulté (en rouge), les Sojaldiciennes étant celles qui subissent le plus de tirs cadrés (88) et par ricochet la plus forte proportion de tirs dans le cadre (56,8% des frappes subies), tout en ayant aussi contre elles le npxG par tir le plus élevé (0,175). Le duo est rejoint par Guingamp, proche des Stéphanoises sur les deux indicateurs, alors que l’EAG a encaissé 6 buts de plus que ces dernières (29 contre 23). Un écart qui peut s’expliquer par la différence d’efficacité défensive des deux équipes vu plus tôt, Issy se retrouvant à ce jeu-là lui aussi avec plus de buts concédés (25) malgré une valeur npxG contre par tir bien moindre (0,133).

Il est intéressant par ailleurs de noter que si Dijon (15,7) est l’équipe qui subi le plus de tirs par match avec Issy (15,8), elle parvient dans le même temps à être celle qui fait face aux frappes les moins dangereuses (0,103, à égalité avec le FCF 91). Le fait que le DFCO soit l’équipe la moins efficace défensivement comme vu avant trouve alors une explication, par la propension de la défense dijonnaise à concéder trop de buts sur des occasions peu dangereuses, potentiellement à cause d’une défense pas assez solide ou consistante. D’autant que Dijon est le club qui concède la plus forte part de ses buts sur phase de jeu ouverte en 2021/22 (81% - 17/21).

Devant, le tandem OL-PSG est à nouveau à l’abri avec le Paris FC un peu plus en retrait. Les Parisiennes ont d’ailleurs une marge de progression qui apparaît, ces dernières subissant des tirs bien plus dangereux (0,128) que l’ensemble de ses concurrents directs.

Courses à l’Europe et au maintien serrée

Que tirer comme conclusion de toutes ces données et performances observées ? Comme évoqué au début, ces différents indicateurs permettent de réfléchir et de trouver certaines explications aux bonnes ou mauvaises performances des équipes observées. Mais difficile de tirer des conclusions définitives pour la suite.

On peut toutefois zoomer une dernière fois sur une éventuelle marge de progression des 12 clubs de D1, en faisant la différence entre les Expected Goals pour et contre de chacun. Ce simple calcul, après un certain volume de matches, confirme souvent les positions actuelles des équipes dans leur championnat respectif.

Sans surprise, l’OL mène clairement la danse avec le PSG un peu plus en retrait en 2021/22. Derrière, si le Paris FC confirme sa 3e place, la sous-performance de Bordeaux ressort également. Les Girondines semblent avoir une marge intéressante pour continuer à rêver d’Europe, ce que les expected points confirment (14 points actuellement contre 21 attendus, -7 soit le plus grand écart de D1), mais ces dernières traversent une période trouble, après le renvoi cette semaine de leur entraîneur Patrice Lair, les départs cet hiver de Vanessa Gilles ou encore Malia Berkely et le changement de projet évoqué durant la saison.

À l’instar du dernier exercice, Reims continue lui de légèrement surperformer et peut espérer maintenir sa dynamique, alors qu’en bas de tableau tout semble ouvert, les différentiels reflétant la course très serrée que se livrent Saint-Etienne, Soyaux, Issy et Guingamp (4 points entre le 9e et le 12e seulement à mi-saison). L’ASSE semble d’ailleurs mieux placé pour se maintenir que les précédents promus des dernières saisons, notamment le GPSO 92 qui affichait à la même période début 2021 un différentiel de -2,36.

Toutes les statistiques brutes des rencontres analysées dans cet article sont fournies par notre partenaire InStat Football : https://instatsport.com

*xG : Expected Goals, soit le nombre de buts que l’équipe aurait dû marquer en fonction de la probabilité que ses tirs se transforment en buts (calculée grâce à divers facteurs). Les npxG font référence à cette valeur, moins les xG des penalties obtenus (0,75 par penalty).

**Tir ratio : nombre de tirs effectués / (nombre de tirs effectués + nombre de tirs subis) x 100. Si le résultat est supérieur à 50%, l’équipe tire plus que son opposant et inversement si le résultat est inférieur à 50%.

Vendredi 14 Janvier 2022
Daniel Marques

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