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Bleues - Bilan EURO : Des promesses à tenir

Éliminée en demi-finale de l'Euro par l'Allemagne ce mercredi, la France n'a pas atteint son objectif annoncé mais a tout de même réalisé un tournoi solide et historique en plus de montrer de belles promesses pour l’avenir. Retour sur l'Euro des Bleues.



Le parcours

La France a frappé fort lors de son entrée face à l'Italie (photo UEFA)
La France a frappé fort lors de son entrée face à l'Italie (photo UEFA)
L'Euro, entamé en dernier, cinq jours après le match d'ouverture, avait commencé de la meilleure des manières pour les Bleues. Elles passaient cinq buts lors des quarante-cinq premières minutes face à l'Italie et affichaient leur envie d'en découdre. La suite de la phase de poules allait cependant être moins reluisante, à commencer par la seconde période sans enjeu face aux concurrentes transalpines. Une courte victoire face à la Belgique au cours de laquelle la France avait un peu joué à se faire peur, et un match nul concédé dans une rencontre sans enjeu à nouveau face à l'Islande, avec une deuxième période quelque peu rocambolesque, avaient suivi ce premier succès face à l'Italie. Première de son groupe, elle affrontait ensuite les Pays-Bas qui avaient le statut de champions d'Europe et vice-champions du monde en titre, mais plus le jeu correspondant. Les Tricolores réussissaient à étouffer les Oranje, qui restaient longtemps dans le match grâce à leur gardienne ainsi que Stefanie van der Gragt, mais ne portaient pas le danger sur les buts de Pauline Peyraud-Magnin. Un penalty envoyait les Bleues vers une demi-finale historique, la première dans cette compétition européene, la première également depuis les Jeux olympiques de 2012. La France avait évité un nouvel échec cuisant. Malheureusement, la marche était un peu trop haute en demi-finale face à une équipe d'Allemagne très intense et collectivement au point. Et pourtant, l'équipe de France aurait pu jouer un mauvais tour aux joueuses de Martina Voss-Tecklenburg avec un peu plus d'efficacité et d'expérience. Alors oui, la France n'a pas remporté le titre ni atteint la finale, mais le plafond de verre des quarts de finale a été brisé dès le premier tournoi de ce nouveau cycle débuté après la Coupe du monde 2019 et perturbé par le covid.


Ce qu'il a manqué

Wendie Renard (photo UEFA)
Wendie Renard (photo UEFA)
Comme souvent avec les équipes de France, le manque le plus visible au fil de la compétition fut le manque d'efficacité. Ce fut le cas lors de tous les matchs à l'exception de la première période face à l'Italie. Un mal récurrent. Et là, la blessure dès le début du deuxième match de Marie-Antoinette Katoto a laissé un vide béant à la tête de l'attaque tricolore. Il est évidemment impossible de savoir ce qu'auraient pu faire les Bleues avec leur buteuse sur le terrain, mais le constat est là, la France a encore manqué d'efficacité. Ce qui amène un second constat, le manque de profondeur de l'effectif à certains postes-clés. Les solutions naturelles à la pointe de l'attaque n'avaient pas le niveau. Là où l'Allemagne voit Alex Popp profiter de l'absence pour covid de Lea Schüller, où l'Angleterre s'appuie sur un secteur offensif aussi large que performant, la France n'avait pas de réelle parade à l'absence de Katoto. Ce tournoi aura malgré tout servi d'expérience à la prometteuse Melvine Malard, tandis que Kadidiatou Diani aura fait le job. L'élimination en demi-finale ne s'est pas jouée seulement sur ce point, mais il n'y a pas de raison pour que la France n'apprenne pas à faire ce qu'elle a subi à de nombreuses reprises, gagner un match décisif qu'elle n'a pas dominé.

Sans plan B, la France a coincé
Le deuxième point concerne les limites tactiques. L'Allemagne, en plus d'imposer un pressing constant très bien organisé, a su bloquer les couloirs et mettre la France en échec une bonne partie de la rencontre, car celle-ci n'avait pas vraiment de plan B. C'est un point à développer pour élargir les options d'attaque, tout comme ne pas faire de Wendie Renard la seule option sur coups de pieds arrêtés malgré son jeu de tête parmi les meilleurs au monde. La France doit proposer plus de variations, apprendre à savoir se retourner quand le plan A ne fonctionne pas. Ce point va de pair avec la capacité à mettre une intensité constante, ce qu'elle a d'ailleurs su faire face aux Pays-Bas, et savoir répondre à une équipe imposant une grosse intensité. On peut par exemple remarquer que les deux finalistes disposent dans leurs rangs au poste-clé de sentinelle des joueuses qui dépassent les seules fonctions défensives du poste. Keira Walsh comme Lena Oberdorf sont également les premières relanceuses et donnent l'orientation du jeu avec brio. Un rôle tenu principalement par Wendie Renard en équipe de France, quand celle-ci domine et ne fait pas face à un gros pressing. Le poste de sentinelle doit monter en grade.

Voir l'Équipe de France en délicatesse face à une grosse présence physique et un gros pressing n'est pas nouveau, et ce pour plusieurs raisons. La France doit progresser en défense, notamment sur les transitions défensives, une faiblesse là aussi récurrente, et cela passe en premier lieu par les côtés et le déséquilibre créé ensuite plein axe. Les Bleues ont trop souvent l'habitude d'encaisser des buts sur une petite saute de concentration ou trop de facilité. On peut penser notamment au mauvais positionnement d'Ève Périsset sur le but belge, déséquilibrant la défense pour offrir une ouverture à Janice Cayman ou la sortie en dilettante de Selma Bacha sur le deuxième but allemand, laissant à Svenja Huth tout le temps de se retourner et de centrer. Il y a certes un meilleur travail de compensation effectué, mais cela ne suffit pas. Il faut que les Bleues apprennent à défendre en avançant, à bloquer les contre-attaques et verrouiller leurs couloirs défensivement. C'est un travail collectif.

Un manque d'habitude sur les matchs à haute intensité
Une autre raison des difficultés tricolores face à une grosse intensité physique vient de la faiblesse relative du championnat, encore trop inégal. Le constat est connu depuis des années, et pourtant, il est encore bien compliqué d'enchaîner des matchs à haute intensité. Plusieurs joueuses, internationales ou non, ont quitté la D1 ces dernières années, et d'autres vont suivre. L'écrasante majorité des Anglaises et Allemandes qui se retrouveront en finale ce dimanche évoluent dans leur championnat national, et ce n'est pas une coïncidence. Il en va de même pour une équipe comme l'Autriche, si compliquée à battre, dont la majorité des joueuses évoluent ou a évolué en Bundesliga. En attendant une D1 plus compétitive, il va sûrement falloir que des internationales continuent de s'expatrier pour jouer face à une meilleure adversité. C'est une faiblesse connue encore une fois, qui requiert un travail en profondeur de la part de la fédération et des clubs pour que la compétition soit plus intense et que le réservoir de joueuses de très haut niveau se remplisse à tous les postes. Le championnat doit progresser, et l'Équipe de France va devoir enchaîner face à de grosses équipes également. Rien ne remplace l'intensité et l'enjeu d'un match éliminatoire en compétition, le covid a perturbé les calendriers et sélections, et l'envie de booster la confiance des Tricolores était nécessaire en ce début de nouveau cycle, mais il faudrait peut-être désormais passer à la vitesse supérieure.

De belles promesses

Matéo, Cascarino et Périsset (photo UEFA)
Matéo, Cascarino et Périsset (photo UEFA)
Pour débuter cette section, arrêtons-nous sur un détail qui reflète assez bien l'état d'esprit de cette Équipe de France. Alors qu'elles auraient pu invoquer ces 48 heures de repos en moins par rapport à l'Allemagne (en plus d'avoir disputé une prolongation), une fatigue qui s'est visiblement faite ressentir pendant le match, aucune Tricolore n'a utilisé cette excuse pourtant toute faite et parfaitement recevable pour expliquer l'élimination de la France, tout en soulignant la force collective de l'Allemagne. Idem pour l'absence de Katoto, la principale menace offensive de l'équipe. Cette Équipe de France ne veut pas se cacher derrière des excuses faciles même si celles-ci sont parfaitement valides. C'est comme ça que le groupe va avancer, permettre les bonnes remises en question pour progresser, en se concentrant sur leurs performances, leurs manques et leurs faiblesses. Et c'est sûrement en partie la raison pour laquelle la France a finalement passé le stade des quarts de finale alors que sa rencontre face aux Pays-Bas ressemblait beaucoup à certains mauvais souvenirs...

Un potentiel offensif d'avenir
D'autant plus qu'il y a vraiment de quoi être satisfait à l'exception des points mentionnés plus tôt dans l'article. La France manque d'efficacité, mais elle a une capacité à se créer des occasions très intéressante. C'est d'ailleurs l'équipe qui a le plus tiré au but lors de ce tournoi avant la finale, devant les finalistes, meilleures attaques de la compétition. On a pu voir que même lorsqu'elle fut dominée et mise en échec tactiquement, elle a su porter un réel danger sur les buts allemands, assez pour concevoir une qualification ou une prolongation. Il y a au sein de l'équipe de France un vrai mélange de vitesse, puissance et finesse qui lui permet de parvenir à créer le danger quel que soit l'adversaire. Il y a un vrai potentiel à exploiter même s'il faudrait plus d'options à la pointe de l'attaque, où Melvine Malard a été un peu juste. C'est Kadidiatou Diani qui s'en est la mieux sortie, retrouvant un poste qu'elle occupait dans les catégories de jeunes et avec grande parcimonie depuis. Pas de but ou de passe décisive à son actif lors de la phase finale, mais c'est elle qui obtient le penalty en quarts et qui permet l'égalisation en demi-finale. Elle est une valeur sûre, et toujours parmi les meilleures joueuses françaises en compétition. On peut également mentionner que si les Bleues ont souffert du pressing allemand, elles ont également pu montrer des qualités certaines à ce niveau pour se procurer des occasions, et ce fut le cas également en demi-finale où l'égalisation est venue d'un ballon récupéré suite au pressing tricolore.

L'Équipe de France ne possède pas (encore?) le même vivier que certains concurrents, pourtant elle possède des joueuses de classe mondiale et à différents postes une vraie qualité dans la quantité. Cela lui a permis avec Clara Matéo et Selma Bacha notamment lors de la phase finale d'apporter une vraie plus-value à chacune de leurs entrées, même s'il faut plus d'options (quid de Sandy Baltimore?). On peut également penser à un couloir gauche bien occupé, en attendant le retour probable d'Amel Majri, qui devrait voir Delphine Cascarino repasser dans un couloir droit qui lui correspond mieux et ajouter une réelle profondeur de banc sur les ailes en attaque. De plus, la grande majorité de l'effectif est jeune ou arrive à maturité, ce qui permet de construire sur plusieurs années. La Coupe du monde des moins de 20 ans démarre d'ici deux semaines et si la France va se reposer sur une génération a priori moins douée que les précédentes, c'est l'occasion pour ces jeunes talents d'aller tenter de bousculer la hiérarchie et rebattre les cartes en vue de la prochaine Coupe du monde avec à priori un groupe qui ne devrait pas trop évoluer.

Ce tournoi a vraiment permis de voir des choses intéressantes de la part de cette équipe de France, cependant il lui reste du travail et les concurrentes ne vont pas l'attendre comme on a pu le voir dans cette jeune équipe d'Allemagne par exemple. Le football féminin progresse à grands pas, la France doit se mettre au niveau dans un effort collectif.

Dimanche 10 juillet 2022
FRANCE - ITALIE : 5-1 (5-0)
Rotherham (New York Stadium) - 8 541 spectateurs
Arbitre : Rebecca Welsh (Angleterre)
Buts : Grace Geyoro 9', 40', 45', Marie-Antoinette Katoto 12', Delphine Cascarino 38' ; Martina Piemonte 76'
>> Le compte-rendu

Jeudi 14 juillet 2022
FRANCE - BELGIQUE : 2-1 (2-1)
Rotherham (New York Stadium) - 8 173 spectateurs
Arbitre : Cheryl Foster (pays de Galles)
Buts : Kadidiatou Diani 6', Griedge Mbock Bathy Nka 41' ; Janice Cayman 36'
Expulsion : Amber Tysiak 89' pour la Belgique
>> Le compte-rendu

Lundi 18 juillet 2022
ISLANDE - FRANCE : 1-1 (0-1)
Rotherham (New York Stadium) - 7 392 spectateurs
Buts : Dagný Brynjarsdóttir 90+12' s.p. ; Melvine Malard 1'
>> Le compte-rendu

Samedi 23 juillet 2022
FRANCE - PAYS-BAS : 1-0 a.p. (0-0, 0-0)
Rotherham (New York Stadium) - 9 764 spectateurs
Arbitre : Ivana Martinčić (Croatie)
But : Ève Périsset 102' s.p.
>> Le compte-rendu

Mercredi 27 juillet 2022
ALLEMAGNE - FRANCE : 2-1 (1-1)
Milton-Keynes (MK Stadium) - 27 445 spectateurs
Arbitre : Cheryl Foster (pays de Galles)
Buts : Alexandra Popp 40', 76' ; Merle Frohms 44' c.s.c.
>> Le compte-rendu



Gardiennes
Peyraud-Magnin (5 matchs, 480 minutes, 5 buts encaissés)
Chavas (0)
Lerond (0)

Défenseures
Renard (5 m, 480 min, 0 but, 1 penalty manqué)
Karchaoui (5 m, 414 min, 0 but, 2 passes décisives, 1 avertissement)
Périsset (4 m, 406 min, 1 but, 0 passe)
Mbock (3 m, 300 min, 1 but)
Bacha (5 m, 234 min, 1 avertissement)
Tounkara (2 m, 180 min)
Torrent (2 m, 134 min)
Cissoko (0)

Milieux
Bilbault (5 m, 436 min)
Toletti (5 m, 394 min, 1 but, 1 passe décisive, 1 avertissement)
Geyoro (5 m, 391 min, 3 buts)
Baltimore (2 m, 93 min)
Palis (3 m, 88 min)
Dali (1 m, 23 min)

Attaquantes
Diani (5 m, 413 min, 1 but, 1 passe décisive, 1 penalty obtenu)
Cascarino (5 m, 382 min, 1 but)
Matéo (4 m, 247 min, 2 passes décisives)
Malard (5 m, 240 min, 1 but)
Sarr (5 m, 151 min)
Katoto (2 m, 94 min, 1 but, 1 passe décisive) (blessée)

Samedi 30 Juillet 2022
Charlotte Vincelot

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