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Coupe du Monde - Penalties : Les gardiennes essuient les plâtres !

La modification de la loi 14, relative aux penalties, par l’IFAB, qui impose aux gardiennes d’avoir au moins un pied sur la ligne, est entrée en vigueur au 1er juin. Elle a eu des conséquences- parfois dramatiques –sur la coupe du monde féminine. En plus de modifier le comportement des gardiennes, elle risque de compliquer le travail des arbitres jusqu’en finale.



L'arbitre rappelle la règle à la gardienne nigeriane (photo Eric Baledent/FOF)
L'arbitre rappelle la règle à la gardienne nigeriane (photo Eric Baledent/FOF)
Pouvaient-ils s’y attendre lorsqu’ils l’ont décidé, le 2 mars dernier à Aberdeen ? On en doute. Toujours est-il qu’en amendant la loi 14 du règlement relatif aux penalties, les têtes pensantes de l’IFAB (International Football Association Board, qui fait évoluer les règles du jeu du football) ont déclenché une vague de polémiques inattendue sur la coupe du monde féminine. Pourtant, la démarche de l’instance avait un tout autre but : faciliter le job des gardiens lors d’un tir au but.

En ne l’autorisant à n’avoir qu’un pied sur la ligne, contrairement à l’ancienne règle qui voulait que le portier soit entièrement sur sa ligne de but, ce dernier serait dans une position plus favorable pour stopper la frappe adverse. « Comme le tireur peut temporiser sa course, il est raisonnable que le gardien (ou la gardienne) puisse faire un pas en avant », justifie ainsi l’IFAB dans son contre-rendu publié il y a 3 mois. Autre objectif recherché par cet « assouplissement », faciliter le travail des arbitres, qui pourraient donc plus facilement déterminer si le gardien est en position illicite ou non. De fait, jusqu’alors, que ce soit dans les compétitions masculines ou féminines, il était rare que l’homme en jaune fasse retirer un penalty pour un défaut de position du gardien.

Collina confirme que la faute doit être sifflée

Mais l’introduction du VAR- et les consignes strictes certainement reçues par le corps arbitral avant le début de la compétition –a finalement perverti la règle originelle : « Je trouve que c’est un peu lourd. On voit que la vidéo, si on lui donne trop de pouvoir, ça ne va pas régler certains problèmes, peste Sébastien Joseph, l’entraîneur de Soyaux. Là clairement, sur les penalties, je ne sais pas ce qu’on attend des gardiennes, si c’est pour qu’elles restent comme des plots à se faire dégommer à chaque tir… Il y a une question de motricité. Quand on veut plonger d’un côté, si on prend l’exemple de la gardienne nigériane (Chiamaka Nnadozie face à la France, NDLR), qui veut plonger sur la droite, sa poussée jambe gauche l’amène forcément à décaler sa jambe droite pour la plier, forcément elle va s’avancer devant la ligne ».

Un point de vue partagé par l’entraîneur des gardiennes du MSHC, Dominique Deplagne, lui-même ancien gardien de but : « Ça limite l’action de la gardienne, l’appui n’est pas le même et ça change tout. Déjà pour les féminines, on n’a pas la poussée, l’explosivité ou la puissance d’un garçon. Donc déjà que ça va être dur pour eux… Ça condamne la gardienne encore plus, il faudra forcément qu’ils soient mal tirés pour avoir une chance d’être arrêtés. Donc les attaquantes n’ont juste qu’à bien placer leur ballon maintenant ». Devant le débat, la fédération anglaise a annoncé que la VAR (qui fera son entrée en Premier League l’an prochain), ne sera pas utilisée dans ce type de situation, l’arbitre restant seul juge. L’arbitre le plus fameux du monde, Pierluigi Collina, désormais président de la commission des arbitres à la FIFA, n’en a pas démordu, confirmant selon lui que cette règle rendait plus facile le déplacement des gardiens, et affirmant que même pour un centimètre, la faute devrait être sifflée.

Le carton jaune supprimé

La gardienne écossaise face à l'Argentine (photo Eric Baledent/FOF)
La gardienne écossaise face à l'Argentine (photo Eric Baledent/FOF)
Dans cette coupe du monde, le psychodrame a commencé dans un relatif anonymat, le 14 juin au cours d’un Italie-Jamaïque facilement remporté par la Squadra Azurra (5-0). Sydney Schneider a été la première à expérimenter cette règle, qui veut aussi que le dernier rempart écope d’un jaune s’il ne la respecte pas. Après avoir arrêté le penalty de Girelli, elle a dû s’incliner sur la deuxième tentative de l’Italienne. Comme Nnadozie face à la France trois jours plus tard. Si c’est ce fait de jeu qui a fait le plus réagir (certains ont fustigé un arbitrage maison), l’application avec le plus de conséquence a eu lieu lors du renversant Ecosse-Argentine (3-3). Un nouveau rebondissement a eu lieu ce vendredi dans un communiqué : « La FIFA et l'IFAB estiment qu'il n'est pas nécessaire d'avertir le gardien fautif, lorsque le VAR est sollicité. Cela risque de fausser injustement le protocole du penalty si un(e) gardien(e) (déjà averti) venait à être expulsé ».

Lorsque les Ecossaises (dont la fédération est l’une des 4 qui compose l’IFAB) ont été éliminés suite au penalty égalisateur retiré par Florencia Bonsegundo après une faute de pied de Lee Alexander à la… 95e minute. « On ne sait pas vraiment quoi faire », réagissait cette dernière, désemparée, à la fin de la rencontre. Surtout, l’application stricte des règles ne semble pas s’appliquer pour tout, certains pointant notamment du doigt (à raison) la présence de joueuses dans la surface lors du second penalty de Renard (réussi) face au Nigéria… « J’ai peur qu’on les retire quinze fois au bout d’un moment, dit Joseph. Avec ce nouveau règlement, j’attends qu’il y ait la première séance de tirs au but, il va falloir que les filles soient costaudes : ça va durer deux heures ! ». Réponse, peut-être, dès ce samedi.

Samedi 22 Juin 2019
Vincent Roussel

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